Séances avec Guy Maddin

« Un jour, j’ai réalisé qu’aller voir des films et assister à une séance de spiritisme, c’était un peu pareil », révèle le cinéaste Guy Maddin.
Photo: Dualityphoto.com « Un jour, j’ai réalisé qu’aller voir des films et assister à une séance de spiritisme, c’était un peu pareil », révèle le cinéaste Guy Maddin.

Le cinéaste manitobain Guy Maddin, à la griffe unique, brillante et insolite, maître entre autres du noir et blanc, derrière des films expérimentaux hautement troublants tels The Saddest Music in the World et My Winnipeg, vient se poser à Montréal du 4 au 20 juillet. Il tournera ses Séances : 12 films en 13 jours, avec une vingtaine d’acteurs québécois, dont les noms seront dévoilés bientôt. Ces films deviendront une oeuvre interactive avec le concours de l’ONF, puis après un lent processus de montage, un long métrage.

À travers une séance de spiritisme, il s’agit de mettre les interprètes en contact avec des esprits, qui les aideront à retrouver des films disparus pour les recréer. Le public est invité à assister à ces tournages sur terre et dans l’éther.


Maddin n’en est pas à ses premières Séances, puisqu’en 2012 au Centre Pompidou, à Paris, il avait réuni plusieurs comédiens, dont Mathieu Amalric, Geraldine Chaplin et Mathieu Demy autour du même concept.


« Un jour, j’ai réalisé qu’aller voir des films et assister à une séance de spiritisme, c’était un peu pareil, dit-il. Dans les deux cas, on s’assied dans le noir en espérant que quelque chose surviendra, quelque chose à laquelle on croit. Et puis, le cinéaste et le spirit sont également des imposteurs. Au Centre Pompidou, quand j’entendais mon assistant crier “Moteur !”, je comprenais “Menteur !”, car mon français n’est pas bon. Les deux mots devenaient alors synonymes. »


La collaboration des esprits est, on l’aura compris, capitale, mais advenant le cas où ces êtres capricieux refuseraient de collaborer, il existe un canevas de base pour chaque film perdu. Celui-ci permet de trouver en amont les décors et costumes correspondants, d’autant plus que l’action se déroule parfois dans des contrées lointaines. Au menu de Montréal, il y aura un film chinois, un autre de F. W. Murnau (dix oeuvres du célèbre cinéaste allemand de Faust et Nosferatu ont disparu). Des films québécois seront de la fête, parmi lesquels Jeunes scouts d’Abitibi de monseigneur Albert Tessier.


Guy Maddin tourne en deux langues et précise avoir acquis une base de français à Paris, ce qui l’aide à comprendre ses acteurs. « Les esprits sont bilingues. Ils sont souvent aussi très seuls et réclament parfois la nudité. Je suis le médium. Dans mes longs métrages, de toute façon, les dialogues ne sont pas très naturels. J’ai l’habitude de travailler avec des acteurs de partout. Ainsi, Isabella Rossellini et Maria de Medeiros dans The Saddest Music in the World. Tous les accents sont bienvenus dans mon royaume ! Surtout l’accent québécois, que j’adore. »


Il affirme avoir tiré des enseignements de l’expérience parisienne. « Le spectacle montréalais sera meilleur. Là-bas, nous étions limités par le budget et on travaillait toujours avec le même décor, à l’intérieur. Pour ici, j’ai réussi à obtenir plus d’argent, ce qui permet d’ouvrir le jeu. Aussi, je maîtrise davantage les effets digitaux [numériques]. Je veux être un pionnier, entraîner les films sur Internet. »


Maddin, qui a longtemps créé des merveilles à peu de frais, s’avoue un peu indésirable à Winnipeg, sa ville natale. « Ils ne veulent plus de moi, sans doute faute d’avoir pu payer mes techniciens comme il aurait fallu. » On lui suggère Montréal comme terre d’accueil. Il a le temps d’y penser. En tout cas, il pense faire son prochain long métrage en utilisant des fragments de films qu’il a récupérés dans l’aventure de Séances. Sinon, il poursuivra ses ateliers de tournage dans une autre ville d’un autre pays. Tout le monde veut travailler avec lui. « Parce que j’entraîne les acteurs dans des avenues qu’ils n’ont jamais empruntées. »