Voltige sur gros fils

James Thiérrée, humoriste acrobate surdoué, a créé pour le film des numéros fort impressionnants.
Photo: Films Séville James Thiérrée, humoriste acrobate surdoué, a créé pour le film des numéros fort impressionnants.

Mal distribué et mal accueilli en France, lancé au Québec avec deux ans de retard, Voyez comme ils dansent, l’avant-dernier film de Claude Miller, disparu le 4 avril 2012, a été tourné pour l’essentiel au Québec et dans le train Montréal-Vancouver. Son adaptation de Mauriac Thérèse Desqueyroux aura gagné nos salles bien avant ce film-ci. Pourtant, Voyez comme ils dansent mériterait de quitter l’anonymat, non qu’il soit sans failles, mais parce qu’il comporte aussi des lignes de force, la principale étant James Thiérrée, qui brille de mille feux.

En fait, le film se divise peu ou prou en deux parties inégales. La première, située en France, à Montréal et dans le train, se révèle de loin la plus inspirée. James Thiérrée, petit-fils de Chaplin, humoriste acrobate surdoué qui avait émerveillé les Montréalais avec son spectacle Raoul, y joue son rôle d’artiste et a créé pour le film des numéros fort impressionnants, clou du film. Un affrontement père-fils sur fond de voltiges se révèle une scène particulièrement puissante.


On y suit la relation conjugale puis la quête de Lise (Marina Hands), une vidéaste française, dans le train transcanadien, qui filme les gens et les paysages. En fait, elle remonte la piste de son mari disparu (Thiérrée), qui fut un grand homme de spectacle. Il l’avait laissée pour une autre. Et au hasard d’une escale ferroviaire, Lise retrouve Alex (Maya Sansa), la dernière compagne, médecin autochtone dans une réserve de l’Alberta où Vic avait changé de vie avant de disparaître de nouveau. Mort, sans doute. Évanoui dans la nature, à tout le moins.


Mis à part Yves Jacques, un collaborateur de longue date de Miller, qui incarne avec humour le contrôleur de train sans cesse à la rescousse de Lise et qui forme avec elle un tandem plein d’allant, les interprètes québécois jouent des rôles mineurs, réduits à quelques scènes, assez vite oubliées.


La proposition scénaristique alambiquée - le train paralysé dans le lieu perdu où vit la seconde femme de Vic - est tissée de gros fils.


Le film repose dès lors sur la confrontation des deux « veuves », et le rythme s’égare avec ce duo à cloche pied, qui trouve mal sa chimie. L’idée de montrer à travers leurs souvenirs la double personnalité de celui qu’elles ont aimé, un autre homme d’une épouse à l’autre, est excellente. Mais ces évocations et les répliques des femmes paraissent trop faibles. Dans cette réserve mohawke isolée, le fantôme de Vic ne parvient pas à imposer son ombre vivace, malgré la force des paysages qui parlent aussi. Par ailleurs, l’omniprésence des flash-back finit par embrouiller jusqu’aux lignes d’émotion, et le procédé étouffe le souffle qu’il avait poussé.



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