Cote de pessimisme des ténors hollywoodiens

David Lynch tel que vu dans le film Great Directors, d'Angela Ismailos. <br />
Photo: Source: Anisma Films David Lynch tel que vu dans le film Great Directors, d'Angela Ismailos.

Hollywood vs Hollywood. Ce ne sont pas seulement les Français qui volent au secours du cinéma indépendant, après avoir réclamé puis obtenu l’exception culturelle pour les accords de libre-échange avec les États-Unis, histoire ne n’être pas avalés vivants.

Des cinéastes américains leur emboîtent le pas et tirent dans leur camp. Ce n’est un secret pour personne. Bien des films indépendants américains sont coproduits par la France, après avoir en vain cherché un financement d’envergure sur leurs terres. Là-bas, on leur claque la porte au nez.


Le 11 juin dernier, deux bonzes, George Lucas et Steven Spielberg, pourtant derrière des succès immenses comme Star Wars, Jaws et compagnie, affichaient la petite mine. Les écrans se multiplient, les billets se vendent plus cher qu’avant, les coûts de production explosent. «Les studios font des films pour l’argent, disait Lucas. Du coup, leurs points de vue sont de plus en plus étriqués et les gens vont se lasser.» Spielberg regrette de son côté que les grands studios préfèrent produire un seul film à 250 millions à miser sur plusieurs oeuvres plus originales. Le père de E.T. mettait en garde contre les dangers d’implosion, car le jour ou plusieurs de ces films à budget énorme vont se planter, bonjour la débâcle! Lincoln de Spielberg et Red Tails de Lucas ont peiné à trouver leur financement malgré leurs gros noms à l’affiche. Aux yeux de Spielberg, l’avenir se situe plutôt du côté de la vidéo à la demande (VOD) destinée aux écrans de télé ou d’ordinateur. Autant dire qu’il anticipe une chute des salles. Entre-temps à Cannes, il s’exclamait: «L’exception culturelle est le meilleur moyen de préserver la diversité du cinéma.»


Or, voici que David Lynch, cinéaste de Blue Velvet et de Mulholland Drive, confiait dernièrement au quotidien britannique The Independant ses propres motifs de désenchantement. «C’est un tableau déprimant, dit-il. Le cinéma indépendant ou alternatif — tous les films qui ne sont pas grand public, en fait — ne trouve plus sa place en salles, et par conséquent, touche moins de spectateurs. Même si j’avais une idée géniale aujourd’hui, le monde a beaucoup changé. Mes idées n’ont rien de ce que vous pourriez appeler commercial, alors que l’argent est aujourd’hui le moteur de tous les projets. J’ignore de quoi sera fait mon futur. Je n’ai pas d’indices sur ce que je vais pouvoir faire dans le monde du cinéma.» Des propos vraiment inquiétants venant d’un des cinéastes américains des plus talentueux et originaux. En 2011, son projet Ronnie Rocket, estimé à 30 millions, même coproduit en France, n’a pu voir le jour.

2 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 25 juin 2013 20 h 13

    La mondialisation et l'uniformité.

    On dirait que la véritable culture, celle qui faisait un petit clin d'œil à qui nous sommes, est en train de devenir braise, avant de s'éteindre.

    L'argent a maintenant une odeur et le but du cyclope est d'étouffer l'originalité pour ensuite faire place à l'homme unidimensionnelle de Marcuse.

    C'est la main invisible de la mondialisation qui cherche à uniformiser tout ce qu'elle touche et noyer dans l'œuf toutes les questions qui la dérange.

    Mais, faisant partie de la nature, nous aurons toujours besoin de la diversité pour nourrir l'esprit. Nous ne pourrons donc pas nous contenter de ces miettes.

    Il faut juste travailler dans ce sens, avoir le cœur à l'ouvrage, car ça ne se fera pas tout seul. Avec le temps aussi, le cyclope perdra de ses forces.

  • Michel Gagnon - Inscrit 26 juin 2013 09 h 42

    Cinéma VS Télé!

    L'avenir du cinéma pour «cinéphiles» passe malheureusement, ou pas, par la production télé. La plupart des gens vont maintenant au cinéma comme ils vont à La Ronde: c'est une sortie pour s'amuser et avoir du «thrill». Rien de mal à ça. Mais pour les cinéphiles, ceux qui apprécient le cinéma pour le cinéma, la salle de cinéma est de moins en moins le contexte approprié.
    Pour les cinéphiles, il y a bien encore quelques salles de répertoire, et les Festivals de films qui sont vraiment des fêtes du cinéma, avec un contexte approprié pour les cinéphiles. Et en ce sens, Montréal est relativement privilégié avec Fantasia, le FFM, le FNC, et plusieurs autres festivals de moindre envergure durant l'année. Il est donc important de maintenir ces Festivals. Mais pour le reste, les cinéphiles devraient investir dans un bon système de cinéma maison, où ils pourront visionner, dans des conditions plus appropriées que dans les salles bruyantes, des films de répertoire diffusés par des chaînes comme Télé-Québec, Artv, TFO, sans compter les DVD.
    Pour ce qui est des cinéastes-auteurs, je les verrais davantage produire leurs oeuvres directement pour la télé, comme Soderberg l'a fait avec son film sur Liberace. On peut voir de plus en plus de très bonnes productions de films ou séries par des chaînes comme HBO ou AMC. J'aimerais donc voir quelqu'un comme David Lynch orienter davantage ses projets pour la télé, lui qui nous a déjà donné Twin Peaks, probablement la plus grande série télé de l'histoire. Et j'avoue que j'apprécie davantage une oeuvre de David Lynch dans le confort tranquille de mon salon que dans une salle bruyante remplie de gens venus s'amuser. Mais c'est peut-être l'âge!!!