La noirceur des derniers soirs

Une noirceur s’installe quand le couple formé de Céline et Jesse constate que le quotidien n’est pas un jardin de roses.
Photo: Métropole Films Une noirceur s’installe quand le couple formé de Céline et Jesse constate que le quotidien n’est pas un jardin de roses.

Le cinéaste américain Richard Linklater aime les mots posés sur les rapports humains, particulièrement sur les liens amoureux, qu’il épluche avec délectation.

Dernier volet d’une trilogie, qui pourrait bien devenir tétralogie ou plus encore, après Before Sunrise en 1995 et Before Sunset en 2004, ce Before Midnight se révèle le plus accompli du lot et le moins fleur bleue.


Cinéaste et acteurs, Julie Delpy et Ethan Hawke, également coscénaristes, mûrissent aussi, comme leur romance. Et le spectateur les retrouve tels les enfants grandis du cycle des documentaires Up Séries de Paul Almond puis de Michael Apted, qui tous les sept ans témoignent devant la caméra.


Le premier volet était romanesque, le deuxième, plus grinçant. Cette fois, une noirceur s’installe, à l’heure des bilans de milieu de vie, quand le couple Céline (Delpy) et Jesse (Hawke), installé, officialisé, constate que l’amour, le travail et les responsabilités parentales ne sont pas un jardin de roses. Les pertes et les gains s’équivalent dans un bal de concessions.


Lorsque le cinéma se colle comme ici à la vie, on éprouve envers les personnages sympathie ou antipathie. Pour certains, c’est mon cas, celui de Julie Delpy semble insupportable. Une vraie chipie. D’autres peuvent trouver Ethan Hawke mollasson et manipulateur. Ça fait partie du jeu, avec réactions épidermiques. Mais le film, honnête, sincère, ne dore pas la pilule.


Jeu de rôles il y a, ce qui tient Céline et Jesse en vie. Ils sont venus en vacances en Grèce (paysages idylliques), même si madame y répugnait à cause de la crise économique terrible qui secoue le pays. Avec leurs deux jumelles idéalement jolies, ils atterrissent dans une auberge où d’autres couples à des âges divers semblent les miroirs de leurs propres relations de l’avant et de l’après.


En groupe, tout va bien, mais la veille du départ, le couple se fait offrir une soirée à l’hôtel en amoureux.


Sur leurs terres et leurs îles, les dieux de l’Olympe ne sont pas loin, les humains avancent masqués puis, dans cette chambre du dernier soir, mettent bas les masques en question et se tirent des horreurs à la figure. Ils ne s’entendent pas sur la suite de leur vie. Les répliques, enchaînées jusqu’à la soûlerie, rythment le film, font dévier l’action à tout bout de champ, avec portes qui claquent. De très longs plans suivent ces très longs dialogues, qui paraissent improvisés, mais sont répétés à la virgule près.


C’est cette fin de partie qui fascine, avec passage du phénix qui renaît de ses cendres, à travers des jeux de rôle.


Le film est bavard, irritant, mais follement vivant. C’est énorme.
 

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