Passe ton bac d’abord

L’attachant tandem (au centre) de Monster Inc. est de retour 12 ans plus tard.
Photo: Walt Disney L’attachant tandem (au centre) de Monster Inc. est de retour 12 ans plus tard.

Ce fut à l’époque un éblouissement, une superbe métaphore des angoisses de l’enfance, et assurément une des plus grandes réussites de la compagnie Pixar, qui comptait déjà son lot de succès, dont bien sûr Toy Story. Pourtant, en 2001, Monsters Inc. plaçait alors très haut la barre pour tous les autres créateurs de longs-métrages d’animation, peu importe la technique utilisée.

Imaginer qu’une ménagerie de monstres débarque toutes les nuits dans les chambres des enfants et que leurs cris d’effroi deviennent source d’énergie pour le territoire de ces étranges créatures, voilà une bien belle idée. Celle-ci n’a pas donné lieu à de multiples variations et ce n’est que 12 ans plus tard que ce monde poilu, coloré, disproportionné et souvent indiscipliné refait surface dans Monsters University, la première grande incursion animée et numérique du réalisateur Dan Scanlon, surtout associé au bruyant Cars, et dans des tâches plus modestes que maintenant.


Le stratagème narratif se compare à la tarte à la crème en comédie : long retour en arrière pour décrire les origines d’un monde familier de tous, ou la genèse d’une complicité indéfectible entre divers personnages. Monsters University use de cette carte rassurante, nous permettant de connaître la « jeunesse » de deux figures attachantes qui dominaient le premier film : Mike (voix de Billy Crystal), la limette à un oeil et au cerveau digne d’un Prix Nobel, et Sulley (voix de John Goodman), le yéti au rugissement effroyable mais à l’intellect rachitique.


Les deux créatures, différentes en tous points, se retrouvent dans une prestigieuse université pour les gens de leur espèce, inscrites dans un programme où la compétition est féroce, celui où l’on apprend les techniques de la terreur, le tout sous la supervision de l’impitoyable Dean Hardscrabble (voix, suave, d’Helen Mirren). Vite recalés, hostiles l’un à l’autre, Mike et Sulley n’ont d’autre choix que de s’associer pour remporter un important concours qui pourrait les ramener au sein du programme, car leur avenir en dépend.


Ce campus coloré et farci de détails graphiques ressemble beaucoup à ceux que fréquentent les universitaires américains, du moins dans l’imaginaire cinématographique. Pavillons à l’architecture imposante, espaces verdoyants, résidences dont les murs suintent l’alcool, tout dans Monsters University est minutieusement reproduit, et traversé par une faune exotique et excentrique qui ne jurerait pas tellement un lendemain d’une sauterie de fin de session bien arrosée…


Si la technique affiche une splendeur indéniable, et donne dans l’opulence pratiquement à chaque scène, le scénario ne propose pas les mêmes ambitions, inspiré des tics de la téléréalité, relevant le plus souvent de la course à obstacles. Le tandem n’en demeure pas moins attachant, les blagues font souvent mouche, mais au rayon de la singularité, voire même de la poésie, Monsters University ne mérite qu’un B sur sa copie. L’ombre fabuleuse de son prédécesseur apparaît plus menaçante que les rugissements de ces apprentis créateurs de cauchemars.


 

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