Un homme, juste un homme?

Entre routine et démesure, le coeur de plusieurs spectateurs ne cessera de balancer devant Man of Steel, la dernière tentative de remettre au goût au jour la cape rouge de Superman, une autre créature de la constellation DC Comics. La tâche de rendre séduisante et lucrative cette variation de la masculinité triomphante repose sur les épaules de Zack Snyder, un maître dans l’art de la bagarre numérisée (300) et de la symbolique appuyée (Watchmen).


Il n’est pas seul à orchestrer cet affrontement entre Krypton et la Terre, puisque se profile Christopher Nolan, agissant ici à titre de producteur, insufflant une gravité et une insécurité semblables à celles de son Batman. Superman - dont le s sur la poitrine signifie « espoir » en langage krypton - est tout autant ce garçon à la fois timide et viril du Kansas nommé Clark Kent (Henry Cavill, plus coincé que Christopher Reeve, mais pas mal plus viril que Brandon Routh) que Kal-El, dernier spécimen d’une race en péril agonisant dans une galaxie loin de chez nous.


Ce doute est bien sûr cultivé par l’éducation terrienne de ce personnage défiant toutes les lois, dont celles de la gravité, ramené sur le plancher des vaches par des parents simples et bons (excellents Kevin Costner et Diane Lane) ayant adopté l’enfant venu de loin et dans des circonstances trop bien connues. De la fin tapageuse de la planète Krypton à l’exil forcé du fils de Jor-El (Russell Crowe recto tono), son adaptation difficile à sa condition humaine et son affrontement avec un semblable belliqueux, le général Zod (Michael Shannon, un méchant presque parfait), rien n’est oublié. Même la journaliste Lois Lane (Amy Adams, la grande fausse note de la distribution) reprend du service malgré la crise des médias, développant avec Superman une complicité plus amicale qu’amoureuse, vite basée sur la vérité de ses doubles origines ; avec ses lunettes en corne noire, il dupait tout le monde, mais plus maintenant.


Cette autre luxueuse genèse - le terme biblique n’est pas trop fort tant abondent les références religieuses et les placements de produits, mais ça, c’est une autre religion - table sur notre connaissance inhérente du personnage, bousculant quelque peu la chronologie des événements. Tout cela n’a rien de révolutionnaire, si ce n’est une façon plus subtile de construire la psyché d’un héros tourmenté dont la force est aussi synonyme de marginalité dans un milieu où le conformisme est puissant.


Là où cette extravaganza dérape dans le bruit, la fureur et la débauche d’effets, c’est bien lorsque la Terre se transforme en terrain de jeux pour extra-terrestres à la testostérone déchaînée, enfilade interminable de massacres où les immeubles tombent comme des châteaux de cartes. Ajoutez à cela des bruits assourdissants et la musique assommante de Hans Zimmer et vous obtenez un autre blockbuster estival qui sacrifie des prémisses prometteuses pour une vulgaire commande hollywoodienne au temps de la belle saison commerciale. En cela, et bien plus que dans l’ancrage contemporain du film, Superman est d’abord et avant tout un homme, juste un homme… de notre époque.


 

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