Guillaume Sylvestre, l’âme russe d’un conte d’été

Provenant du monde du documentaire, le cinéaste et scénariste Guillaume Sylvestre appréhendait un peu le travail avec des acteurs. Il a finalement adoré son expérience.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Provenant du monde du documentaire, le cinéaste et scénariste Guillaume Sylvestre appréhendait un peu le travail avec des acteurs. Il a finalement adoré son expérience.

Une île sur le fleuve Saint-Laurent. Antoine, 14 ans, y passe les vacances estivales avec ses parents, Marie et François. Sa mère est journaliste, son père enseigne la littérature. Dans le chalet d’à côté vivent Geneviève et sa fille Anna. Geneviève, une actrice, est une ancienne flamme de François. Antoine, de son côté, souhaiterait pouvoir un jour en dire autant de l’envoûtante Anna, 17 ans. Mais il y a plus dans 1er amour que ces émois en bourgeons. Chaque personnage est à un stade différent du parcours amoureux.


« Pas une image de femme, pas un fantôme d’amour ne s’était encore présenté nettement à mon esprit ; mais dans tout ce que je pensais, dans tout ce que je sentais, il se cachait un pressentiment à moitié conscient et plein de réticences, la prescience de quelque chose d’inédit, d’infiniment doux et de féminin… Et cette attente s’emparait de tout mon être : je la respirais, elle coulait dans mes veines, dans chaque goutte de mon sang… Elle devait se combler bientôt », peut-on lire dans Premier amour, d’Ivan Tourgueniev, une nouvelle du XIXe siècle à laquelle Guillaume Sylvestre a respectueusement emprunté titre et prémisse.


Pour le reste, le cinéaste et scénariste s’est accordé pleine latitude, une décision heureuse. « Dans le récit original, tous les personnages sont des monstres, explique-t-il tout bas, comme intimidé par sa propre voix. Je ne voulais pas de méchants ; je voulais jouer de nuances. » Après un temps de réflexion, l’auteur reprend : « J’ai lu la nouvelle il y a une dizaine d’années. Je voyais le potentiel d’un film, même s’il ne contient finalement aucune scène tirée de la nouvelle. » Un point de départ, alors ? Un déclencheur ? « C’est ça. J’aimais l’idée d’aborder les débuts du sentiment amoureux chez un garçon qui découvre autant l’amour que le monde, avec tout ce qu’il y a de souterrain dans les rapports humains. C’est l’humanité de ces gens qui m’intéressait. »


Des acteurs inspirés


Ainsi, on se retrouve avec une galerie de protagonistes complexes, humains justement. « J’ai adoré travailler avec les acteurs. Mes expériences précédentes étaient dans le documentaire, alors j’avais certaines appréhensions. Benoît Gouin [François], Macha Grenon [Marie], Marianne Fortier [Anna], Sylvie Boucher [Geneviève] : c’est du monde brillant. Ces nuances que je cherchais à rendre, ils ont su les incarner. »


À l’avant-scène, Antoine observe et ressent ; il s’agit d’un rôle difficile qui repose davantage sur la réaction que sur l’action. Avec ses grands yeux bleus encore pleins d’innocence et d’espoirs candides, Loïc Esteves est de toutes les scènes, la plupart de celles-ci s’amorçant ou se concluant sur son regard. On pense parfois au petit Dominic Guard dans The Go-Between, de Joseph Losey, d’après L. P. Hartley. Là encore, un gamin s’initie à l’amour en même temps qu’aux turpitudes adultes. Et il y a cette nature tout autour, là aussi. Dans 1er amour, elle est tchekhovienne dans sa langueur bucolique.

 

Nature humaine


Entre les différentes scénettes, on a inséré des plans tout simples de fleurs, d’insectes… Appelons cela des intertitres organiques. « Il n’y avait rien de placé dans ces plans-là, note le réalisateur. On a filmé l’environnement comme il était. Nathalie Moliavko-Visotzky, ma directrice photo, a vraiment été extraordinaire. Sa manière de capter et de rendre la lumière… Je voulais un feeling impressionniste. Elle me l’a donné. Ces transitions-là, c’était pour moi une façon d’opposer quelque chose d’immuable aux drames des personnages. » Et de fait, ce qui leur arrive apparaît à la fois grave et futile.


Homme de peu de mots, mais qu’il sait du reste bien choisir, Guillaume Sylvestre murmure après une autre pause : «“Je pense qu’une fois mort l’herbe poussera, et c’est tout.” C’est une réplique tirée de la nouvelle Le faux coupon, la dernière écrite par Léon Tolstoï. Ça résume bien ce que j’ai cherché à exprimer. » On ne saurait mieux dire. 1er amour prend l’affiche le 21 juin.

 

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