Une poussive fresque algérienne

Cette fresque historique algérienne est si touffue et remplie de violons, d’amours contrecarrées, de violences fratricides qu’elle semble vouloir marcher sur les ornières d’Autant en emporte le vent, la grandeur en moins. Alexandre Arcady, cinéaste français d’origine pied-noir, derrière, entre autres, Le grand pardon, Dernier été à Tanger et le très mauvais Hold-up tourné au Québec avec Belmondo (1985), possède beaucoup d’ambition mais peu de doigté. Et à l’heure d’aborder un univers aux ramifications aussi vastes, un confrère moins pompier eût mieux convenu.


En outre, le sujet se serait développé avec plus de bonheur en télésérie - il est filmé comme tel. Casse-gueule, il est vrai, de porter à l’écran un roman à déploiements multiples comme celui de Yasmina Khadra. Et ce qui passe en littérature peut sembler invraisemblable au cinéma et fort grandiloquent. Le film dure 2 heures 39 minutes, et on voit vraiment passer chacune des minutes.


Ici, les destins d’une famille s’écorchent sur les murs de l’Histoire. Les tensions entre Algériens de souche et pieds-noirs sur plusieurs années et quelques générations, avec la guerre d’indépendance au milieu, s’attisent au soleil d’Oran (mais le film est tourné en Tunisie).


Parfois, le souffle épique passe la rampe, mais il devient difficile de croire à cette histoire quand le jeu d’acteurs sonne faux, là où l’intrigue paraît en outre tirée par les cheveux.


En gros, on y suit la trajectoire d’un jeune garçon, Younes, dont le père agriculteur est ruiné par un politicien véreux. Son sort finit par ressembler à celui de la petite Cosette dans un bouge infâme, mais l’enfant est recueilli par son propre Jean Valjean, son oncle (Fellag, l’interprète de monsieur Lazhar), pharmacien à l’aise, militant pour l’indépendance de l’Algérie. Il a épousé une Française (Anne Consigny), femme tout en blondeur et en douceur, irréprochable.


Quand Younes, rebaptisé Jonas, qui s’est fait un groupe d’amis, devient jeune homme, ses amours d’enfance avec Émilie reprennent tant bien que mal. La maman sexy (Anne Parillaud) qui a couché avec Jonas l’empêche de courtiser sa fille. Le mélo s’enflamme et ne tient plus debout. La mise en scène poussive appuie la note et la musique omniprésente en rajoute. Les amis de Jonas se lient et se délient entre promesses et trahisons, sans intéresser le parterre à leur sort.


Si Nora Arnezeder, clou du film, possède une vraie présence, il n’en est pas de même pour Fu’ad Aït Aattou en Jonas adulte, qui joue faux et nous empêche d’adhérer aux affres de ses amours impossibles, d’ailleurs laissées en plan. Fellag, dans la peau de l’oncle bienveillant coiffé d’un fez, hérite d’un rôle qui manque de zones d’ombre. La naïveté teinte tout le film, et même les scènes tragiques de combats et d’exil perdent leur résonance à l’ombre du cinéma de papa.



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