Réalisation du film La vie d’Adèle - La «méthode» du réalisateur Kechiche crée des remous

Vite, tourner la page, ne plus en parler et profiter pleinement de la Palme d’or. C’est ce dont rêvent les trois coproducteurs de La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, dix jours après la polémique sur les conditions de tournage du film, dévoilée sur Lemonde.fr.

Pendant le Festival de Cannes, des techniciens ont en effet dénoncé certaines pratiques tarifaires, un rythme effréné de travail, ainsi que « la méthode Kechiche » : le réalisateur improvise, multiplie les prises, au risque du vertige. Les témoignages sont anonymes, car ces intermittents du spectacle tiennent à retrouver du travail.

 

Un communiqué suffira-t-il à mettre fin à la polémique ? Samedi 1er juin, Vincent Leclercq, le directeur de Pictanovo, qui a géré le tournage de La vie d’Adèle dans la métropole lilloise, de mars à août 2012, a publié un communiqué plutôt enthousiaste. «Les 19 techniciens et les 400 interprètes et figurants du Nord-Pas-de-Calais ont bien été payés conformément à leur contrat de travail, pour un montant de 379 000 euros», commence-t-il par expliquer.

 

La société, qui a accueilli le tournage de Bienvenue chez les Ch’tis (2008), de Dany Boon, et celui d’À l’Origine, de Xavier Giannoli, sélectionné à Cannes en 2009, et qui bénéficie du soutien du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), tient à soigner son image. Se fondant sur les « réclamations écrites », Pictanovo admet « un seul cas de désaccord » à propos d’une personne recrutée « en renfort peinture », qui « se plaint d’avoir été payée 100 euros bruts par jour alors qu’on lui aurait promis 100 euros nets ».

 

Les producteurs délégués du film sont Abdellatif Kechiche, par l’entremise de sa société Quat’Sous, et le distributeur Wild Bunch. Au quotidien, c’est Quat’Sous qui gérait les fiches de paie. Au total, le budget de La vie d’Adèle s’est élevé à plus de 4 millions d’euros.

 

Précisons que la plupart des techniciens ont été payés entre 20 % et 50 % en dessous du tarif, ce qui n’est pas exceptionnel pour un film d’auteur. Mais, selon les témoignages que nous avons recueillis, la production de La vie d’Adèle serait allée bien au-delà des pratiques habituelles, en matière d’amplitude horaire, notamment.

 

Certains salariés ont quitté le tournage en cours de route, soit parce qu’ils « étaient déjà engagés sur d’autres films », soit parce qu’ils ont estimé que « la demande de travail de Kechiche ne leur convenait pas », lit-on encore dans le communiqué de Pictanovo. Enfin, les salariés « ayant signé un contrat de travail » auront bien leur nom au générique.

 

Le film avait été projeté à Cannes sans générique, du fait de « son arrivée tardive » au Festival.