La petite maison dans la clairière

Le portrait de trois adolescents en cavale est la trame de fond du charmant The Kings of Summer.
Photo: Alliance Film Le portrait de trois adolescents en cavale est la trame de fond du charmant The Kings of Summer.

Où trouver la liberté pendant cette période ingrate qu’est l’adolescence ? Elle semble aussi vaste que le monde, et pourtant inaccessible. Au prix de maints efforts, certains peuvent la dénicher dans une clairière au fond des bois. C’est d’ailleurs là que se réfugient les charmants personnages de la non moins charmante comédie The Kings of Summer, les premiers pas au cinéma d’un pro de la télé, Jorgan Vogt-Roberts (Funny or Die Presents, Single Dads).

Associé à un autre habitué du petit écran, le scénariste Chris Galletta, qui laisse lui aussi sa marque sur cette histoire d’apprentissage, de quête d’indépendance, usant souvent de « punchlines » au tir toujours juste, une habileté acquise aux côtés de l’animateur David Letterman. Ceci ne gâche en rien ce délicieux portrait de trois adolescents en cavale quelque part en Ohio, renouant à leur manière forcément malhabile avec la vie des coureurs des bois, voire des hommes des cavernes.


Cette fuite en avant est provoquée par l’exaspération croissante de Joe (Nick Robinson, d’une grande candeur) devant son père autoritaire (l’excellent Nick Offerman), un veuf qui camoufle son deuil sous des allures de dictateur. Patrick (Gabriel Basso, un jeu moins étoffé), son meilleur ami, doit plutôt composer avec des parents en apparence conciliants, mais tout aussi directifs. Joe, un garçon rêveur, décide alors d’entraîner Patrick dans une curieuse aventure, celle de construire une maison dans la forêt, un espace où ils seraient rois et maîtres. À eux se greffe l’étrange Biaggio (Moises Arias, un petit monstre de drôlerie), véritable extraterrestre dans cette histoire, et qui ne manque jamais d’étonner ses deux camarades. Leur installation, à la fois idyllique et douloureuse, sera bientôt compromise par l’arrivée impromptue de celle qui fait tourner les têtes à l’école, mettant à rude épreuve l’amitié entre Joe et Patrick.


À un canevas en apparence prévisible et revisité plus souvent qu’à son tour, Jorgan Vogt-Roberts insuffle un joyeux mélange d’insolence, d’humour et de fantaisie, se moquant de certaines contraintes réalistes (la traque des fugueurs par des parents inquiets relève de l’absurde), multipliant les situations incongrues pour révéler toutes les facettes de cette amusante utopie. Car le film, aussi caustique puisse-t-il être, autant sur l’autorité parentale que la mièvrerie des amours adolescentes, distille également une bonne dose de poésie, donnant à cette forêt un caractère quasi enchanté.


On pourra toujours noter ici et là quelques baisses de régime, particulièrement vers la conclusion, où le film prend alors une légère tournure de type Survivor. Or Jorgan Vogt-Roberts a su jusque-là prouver toute son humanité pour une galerie de personnages au profil singulier et sans pour autant verser dans la caricature. Les films pour et avec des ados cèdent souvent à ce travers. Ceux qui ratissent The Kings of Summer ne ressemblent le plus souvent qu’à eux-mêmes, riches de toutes leurs contradictions, de leurs sursauts de stupidité et surtout de leur profond désir d’émancipation. Ils ne manquent jamais d’esprit pour l’exprimer, d’où notre sympathie immédiate et constante à leur égard.


 

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