cache information close 

Atiq Rahimi, poète et cinéaste

L’histoire du dernier film de Atiq Rahimi lui a été inspirée à Herat lors d’une réunion littéraire. « J’ai reçu un coup de téléphone. La poétesse Nadia Anjuman avait été assassinée par son mari. Je connaissais ses poèmes très osés. Pierre de patience ne reprend que l’esprit de cette histoire. »
Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Guay L’histoire du dernier film de Atiq Rahimi lui a été inspirée à Herat lors d’une réunion littéraire. « J’ai reçu un coup de téléphone. La poétesse Nadia Anjuman avait été assassinée par son mari. Je connaissais ses poèmes très osés. Pierre de patience ne reprend que l’esprit de cette histoire. »

Il est écrivain et cinéaste, possède la double nationalité afghane et française, cause d’abondance dans un français châtié de la poésie qui fut sa muse. « Je suis né dans un milieu littéraire », dit-il. Les mots sont sa passion ; les images, une manière de les faire vivre auprès du public.

Difficile de ne pas connaître Atiq Rahimi. Son troublant roman Syngué sabour (Pierre de patience) a remporté le prix Goncourt en 2008. Mais déjà sa première oeuvre littéraire, Terre et cendres publiée en 2000, prose admirable, trouvait son ancrage durant la guerre contre l’Union soviétique, avec un vieux mineur forcé d’annoncer la destruction de son village à son fils. Une poésie crue, âpre, comme les montagnes de son malheureux pays. Le ton était donné.


Il était passé derrière la caméra pour porter Terre et cendres à l’écran en 2004, sous les louanges de la critique. Atiq Rahimi a obtenu un doctorat de cinéma à la Sorbonne. On lui devait plusieurs documentaires, la plupart campés dans son pays d’origine, désormais des romans donc, transformés en films de fiction.


Patience et violence


Des producteurs lui proposent de réaliser des films en anglais avec des stars. Il tient à la langue persane autant qu’aux décors des montagnes de Kaboul.


Cette Pierre de patience goncourisée, il en a tiré un scénario coécrit avec Jean-Claude Carrière. Un film féministe dans un pays qui ne l’est pas. Ça se déroule à Kaboul. Une jeune femme (Golshifteh Farahani) au chevet de son mari comateux, parmi les combats des rues qui font rage, se libère de ses chaînes, découvre le plaisir dans les bras d’un combattant et raconte ses secrets intimes à ce mari paralysé et muet. Sourd ? Pas si sûr.


Qu’est-ce qu’une pierre de patience ? demande-t-on à l’auteur-cinéaste : « La légende d’une pierre magique qui recueille les confidences les plus intimes avant d’exploser sous la pression. »


Atiq Rahimi tâche d’expliquer la violence qui embrase son pays. « Parce que les gens ont des problèmes émotionnels, sexuels, parce que les talibans étaient souvent des orphelins de guerre placés dans des écoles militaires, qui n’ont pas eu de rapports avec les femmes. Vous ne créez que des monstres avec des gens privés d’amour. »


Cette histoire lui a été inspirée à Herat lors d’une réunion littéraire. « J’ai reçu un coup de téléphone. La poétesse Nadia Anjuman avait été assassinée par son mari. Je connaissais ses poèmes très osés. J’ai écrit une lettre ouverte dans un magazine, puis rencontré sa famille. Pierre de patience ne reprend que l’esprit de cette histoire. Chez nous, les droits de la femme sont niés. En paralysant son oppresseur, j’ai libéré la parole de l’héroïne. »


En Golshifteh Farahani, comédienne iranienne (admirée dans À propos d’Elly d’Asghar Farhadi), il dit avoir trouvé l’actrice idéale.


« Son personnage connaît les interdits. Tout en sachant que son mari ne peut répondre, elle lui demande la permission de parler. Et sa parole devient un phénomène existentiel. En Afghanistan, la vérité coûte la vie. »


Atiq précise avoir autant d’amis que d’ennemis dans son pays. « J’ai peur, mais il faut maîtriser ses peurs. On ne peut réveiller un peuple endormi, mais il faut perturber son sommeil. Pas question pour moi d’entrer en compromission avec cette barbarie, de demeurer silencieux. »


Le Goncourt l’a aidé. « Ce prix m’a donné confiance, car j’ai des doutes. Au moment d’écrire, je dis tout, mais par la suite je souhaiterais ne pas rendre mes histoires publiques. Ce doute me pousse à réécrire, à peaufiner. »


Le cinéaste est ravi que Pierre de patience ait été projeté dans une cinémathèque de Kaboul suivi d’échanges avec l’auditoire.


Il avait vécu la même chose après la projection de Terre et cendres. « Le film avait permis aux jeunes Afghans de réfléchir aux considérations de vengeance et du deuil à faire pour s’en libérer. Les jeunes s’intéressent à ce que je fais. Ils tracent un chemin. »


 

Notre journaliste était l’hôte des Rendez-vous d’Unifrance à Paris pour cette entrevue.