Retour au Rwanda pour Roméo Dallaire

En 2007, le film J’ai serré la main du diable, de Roger Spottiswoode, adaptait en fiction le livre éponyme du lieutenant-général Roméo Dallaire. Roy Dupuis l’incarnait en recréant cette mission cauchemardesque à titre de commandant des forces de l’ONU au Rwanda durant le génocide de 1994. Ses mains étaient liées durant le massacre (800 000 victimes en 100 jours), l’ONU lui interdisant d’intervenir auprès de la population découpée en pièces, à moins que ses Casques bleus ne soient menacés.

Dans un média ou l’autre, par écrans interposés, on aura suivi d’abord à la télévision, puis au cinéma, le calvaire de ce militaire québécois haut gradé rongé par la culpabilité, sombrant dans la dépression, comme sa lente remontée. Un documentaire avait aussi adapté J’ai serré la main du diable, réalisé par Peter Raymont en 2004. Le Canadien Patrick Reed avait assuré la recherche et produit ce film nourri de sanglantes images d’archives. Il lui offre une suite. En documentaire toujours, un nouveau chapitre s’ouvre donc sur la psyché de survivant de Roméo Dallaire à travers Fight Like Soldiers, Die Like Children.


Reed signe ce film sur le retour au Rwanda du commandant, ainsi qu’au sud du Soudan et au Congo. Roméo Dallaire s’est engagé dans une nouvelle mission, volant cette fois au secours des enfants soldats. Au Congo, ils sont particulièrement nombreux ; le film Rebelle de Kim Nguyen en témoignait de magnifique façon.


Ici, la fragilité du militaire québécois est au coeur du film autant que la cause qu’il embrasse. En amont de sa visite, des employés de l’ONU ont créé des camps de sauvetage pour les jeunes combattants de la brousse qui veulent fuir leur condition. De toute façon, rien n’est gagné pour eux, car les familles et leurs villages les rejetteront. Ils ont tué, les filles ont servi d’épouses aux chefs de guerre. L’avenir n’est pas rose. Certains ont été forcés d’assassiner leurs propres parents avant de prendre le maquis.


C’est Roméo Dallaire, le vrai sujet du film, donc. Les enfants soldats deviennent presque des figurants dans son ordalie personnelle. Le général est à la reconquête d’un sens, en cure pour son âme. On le voit avec une sorte de candeur poser des questions aux chefs de guerre : « Pourquoi les enfants ? » Parce qu’ils ont la gâchette rapide, lui répond-on. Parce qu’ils ne réfléchissent pas avant de tirer. Parce que la moitié de la population a moins de 15 ans…


Des réponses pragmatiques, auxquelles il oppose des considérations morales qui résonnent comme des voeux pieux en pareil contexte de violence absolue. Si parfois, dans un camp de sauvetage d’enfants soldats, on en voit qui chantent et qui rient, en gros, la tristesse et parfois la dureté des regards sont plus éloquentes encore. La mission de Roméo Dallaire est hautement juste, mais on a l’impression qu’il n’est pas le maître d’oeuvre des secours aux enfants, organisés avant lui. Le voici armé de sa détresse et d’un espoir fou, un brin maladroit.


Patrick Reed a greffé certaines scènes d’animation, qui n’apportent pas grand-chose au film. Ce documentaire serre le coeur mais, en suivant Dallaire à la trace, il égare au passage sa structure. Car tout flotte, en attente de vraies solutions, de volontés politiques supérieures chez des chefs d’État qui manquent à l’appel. Dans le prochain film, ils se secoueront peut-être…


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