Bonnes nouvelles des étoiles

Zachary Quinto, aussi placide qu’émouvant, interprète Spock, et Chris Pine, énergique, Kirk.
Photo: Paramount Pictures Zachary Quinto, aussi placide qu’émouvant, interprète Spock, et Chris Pine, énergique, Kirk.

Autour de la Terre ou aux confins de la galaxie, James Tiberius Kirk n’a guère le temps de gratter la guitare et de chanter du David Bowie. Le capitaine de l’indestructible vaisseau spatial Enterprise doit à nouveau sauver ses contemporains, protéger son équipage, désobéir aux ordres de ses supérieurs et séduire au passage quelques poupounes intersidérales. Vous l’aurez compris : rien ne change, du moins en apparence, dans le système codifié, hiérarchique et utopique de Star Trek.

Sommes-nous devant un monde fossilisé, tablant sur un concept télévisuel poussiéreux des années 1960 et en orbite autour de la planète cinéma depuis trop longtemps ? En 2009, J. J. Abrams avait redonné la foi à tous les disciples de la première heure lorsqu’il avait pris les commandes de cette formidable galère de l’espace, ramenant ce bel aréopage multiracial à sa prime jeunesse pour la projeter dans un futur riche de tous les possibles.


Attendu de pied ferme pour accomplir le même miracle avec Star Wars en 2015, ce premier de classe de la confrérie hollywoodienne, créateur de la série Lost et en qui Steven Spielberg semble se reconnaître, affiche une vision cristalline avec Star Trek into Darkness. Sa griffe, d’une redoutable efficacité, fait encore merveille, injectant de l’adrénaline, de l’humour, une esthétique léchée et une connaissance fine d’un univers qui ne se présente pas ici comme un simple catalogue de références. Pour tout dire, les exégètes seront rassasiés (détester les belliqueux Klingons ou entendre « Live long and prosper » de la bouche du Vulcain Spock, même délectation) et les visiteurs de passage y trouveront largement leur compte. Après tout, le monde de Star Trek n’est-il pas une fédération ?


Celle-ci est une fois de plus malmenée à la suite d’un acte terroriste perpétré par un membre de cette même fédération (Benedict Cumberbatch, glacial et suave), et qui pourrait faire basculer son équilibre fragile, le traître ayant trouvé refuge chez les Klingons, un État voyou dans cet univers partiellement pacifié. Après quelques péripéties ponctuées de deuils et de déshonneurs, Kirk (Chris Pine, énergique à défaut d’être habité) se voit confier une mission secrète pour ramener le fugitif, ignorant que parmi ses patrons se cache un clone de Dick Cheney prêt à tout pour lancer une bonne guerre. Aux côtés de Spock (Zachary Quinto, aussi placide qu’émouvant), toujours en quête de sentiments pour atténuer son immuable froideur, Kirk va découvrir les motifs obscurs de cette chasse à l’homme, qui feront frémir de plaisir les « Trekkies ».


Si l’équipage de Star Trek plonge plus souvent qu’à son tour dans les ténèbres (et les névroses sociopolitiques de notre époque), J. J. Abrams se garde bien, lui, de sombrer dans la routine, la nostalgie ou la simple quincaillerie numérique. Ce second épisode signé de sa main experte témoigne de la grande richesse symbolique et narrative d’un environnement inspiré tout à la fois par les extravagances des comic books, l’atmosphère protocolaire des Nations unies version cosmique et la camaraderie virile d’une bande de militaires en cavale. J. J. Abrams n’a vraiment pas fini de nous donner de bonnes nouvelles des étoiles.



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