Méfiez-vous des banlieusards

Une scène de The Iceman
Photo: Films Séville Une scène de The Iceman

Ennuyeux, les banlieusards ? Il suffit de se tourner vers Laval ou le New Jersey pour découvrir une faune tranquille qu’en apparence. Un de ces spécimens se nomme Richard Kuklinski, conjoint exemplaire, père de deux filles adorables, qui, pendant près de deux décennies, a tué plus d’une centaine de personnes. Certaines ont fini au fond d’une ruelle, d’autres au fond d’un congélateur, et toutes furent exécutées sans états d’âme par ce tueur professionnel emprisonné en 1986 et décédé derrière les barreaux en 2006.

Son histoire est celle d’un fils d’immigrants polonais dans le New York de l’après-guerre, élevé à la ceinture et à la dure, travaillant dans le milieu du film porno avant d’être recruté par un petit parrain de la mafia pour transmettre des messages, disons, percutants. Dans The Iceman, Ariel Vromen retrace son ascension et sa chute, s’attardant à la dualité mystérieuse de cet homme capable de liquider un clochard ou un pornographe le jour et de rassurer tendrement ses enfants le soir.


Cette dextérité morale est parfaitement illustrée dans la manière dont Kuklinski (foudroyant, et dont il faut retenir le nom) tente de séduire Deborah (Winona Ryder en subtile beauté désespérée), une catholique de bonne famille. Il le fera avec douceur, en peu de mots… et quelques mensonges. La scène suivante, il va régler vite fait le cas d’un arrogant dans une salle de billard, premier meurtre à ponctuer le récit mais, à la façon dont il est exécuté, certainement pas le premier de son auteur. Son aplomb sera détecté par un caïd local, Roy (Ray Liotta, solide mais sans surprises), qui en fera son homme de main. Aux yeux de sa famille, et d’une épouse qui pratique l’aveuglement volontaire, il travaille dans la finance, offrant aux siens un luxe douillet qu’il n’avait jusque-là jamais connu.


Tout va basculer lorsque son patron décide de le mettre sur la touche, Kuklinski se retrouvant alors sans revenus. Pour maintenir son train de vie, et contre l’avis de Roy, il va se tourner vers un autre meurtrier aux allures de clown (Chris Evans, stupéfiant d’aplomb), agissant en solitaire. Cette décision ne sera pas sans conséquences dramatiques, dont certaines spectaculaires.


Cette vie de meurtres et de mystères est enrobée d’une esthétique quasi crasseuse, le cinéaste et son directeur photo Bubby Bukowski composant une image granuleuse et blafarde. Nous avons ainsi droit à une véritable galerie de tronches inquiétantes ou cadavériques, hommage grinçant au mauvais goût des années 1970. Plusieurs acteurs connus (dont Stephen Dorff, James Franco et David Schwimmer) sont d’ailleurs si bien camouflés sous des moustaches et des costumes hideux qu’ils semblent invisibles, au service de leur personnage, jamais de leur ego.


Certains diront que The Iceman fréquente des sentiers déjà bien balisés par Martin Scorsese (la présence de Liotta renforce cette perception), mais cette histoire, tout à la fois authentique, scandaleuse et palpitante, exerce un véritable pouvoir de fascination. Et donne souvent froid dans le dos.



 

Collaborateur

À voir en vidéo