66e Festival de Cannes - Baz, bis et mauvais buzz

Une partie de la distribution du film The Great Gatsby entoure le réalisateur Baz Luhrmann (au centre), dont Elizabeth Debicki, Joel Edgerton, Carey Mulligan, Leonardo DiCaprio et Tobey Maguire, avant la conférence de presse traditionnelle, mercredi à Cannes.
Photo: Virginia Mayo Associated Press Une partie de la distribution du film The Great Gatsby entoure le réalisateur Baz Luhrmann (au centre), dont Elizabeth Debicki, Joel Edgerton, Carey Mulligan, Leonardo DiCaprio et Tobey Maguire, avant la conférence de presse traditionnelle, mercredi à Cannes.

Cannes - La pluie et le vent. Comme l’an dernier, un festival tout détrempé. Mais la cérémonie d’ouverture a fait comme si… Audrey Tautou, la maîtresse de cérémonie, tout émue et charmante, a brisé la glace. Le président du jury, Steven Spielberg, fut ovationné, Leonardo DiCaprio monta les marches sous les cris de jeunes filles hystériques. Nicole Kidman et Carey Mulligan, en robes blanches, ont gravi bravement l’escalier sous les parapluies en prenant garde de ne pas glisser. C’est parti jusqu’au 26 mai. DiCaprio lui-même a annoncé la 66e édition ouverte.


Présenté en ouverture du 66e rendez-vous de Cannes, The Great Gatsby en 3D, de l’Australien Baz Luhrmann, revisitant le chef-d’oeuvre de Scott Fitzgerald, avec DiCaprio en vedette, était déjà sorti sur les écrans nord-américains depuis vendredi. Ce qui créa un froid, car on aime les primeurs ici.


Des bruits veulent que les voix officielles de Warner Brothers, en acceptant de faire l’ouverture cannoise, avaient assuré que le studio reporterait la sortie de Gatsby à l’été. Après confirmation de l’équipe du festival, elles auraient renié leur parole. Perfide studio ! Officiellement, ça posait seulement problème de changer les dates… Ouais !


Et puis, les critiques ont été mauvaises aux États-Unis. À Cannes, les premiers papiers varlopent un produit trop kitsch. Ou évoquent, au mieux, une garniture parfaite de tapis rouge.


Silence poli à la fin de la projection de presse. Ni franches huées ni applaudissements, et en conférence, face à l’équipe, des questions courtoises sans enthousiasme. « Je n’ai jamais été populaire auprès des critiques, dit le cinéaste de Moulin rouge et de Roméo et Juliette, mais j’aime mon film et je suis reconnaissant au public de s’être déplacé pour le voir. J’ai voulu faire quelque chose de nouveau, d’extraordinaire. »


Leonardo DiCaprio, le Gatsby de l’écran, avait souvent les yeux clos devant la rencontre, en décalage horaire, en lendemain de veille, ou mécontent de voir qu’aucun journaliste ne criait « bravo ! ».


Baz Luhrmann a rappelé que Scott Fitzgerald avait écrit The Great Gatsby à vingt kilomètres de Cannes, alors que son épouse Zelda batifolait sur la plage avec un soldat. Il est donc normal que cette histoire revienne se poser sur la Côte d’Azur à l’écran.


Le cinéaste australien n’a pas découvert le roman durant sa jeunesse, mais d’après l’adaptation cinématographique de Jack Clayton en 1974, puis il lui fut servi par l’oreille avec un audio livre. C’est DiCaprio qui a trempé dans le bouquin mythique. « Aux États-Unis, il s’agit d’une oeuvre si importante, dit-il. Je l’ai lue au high school, comme tout le monde, à l’époque fasciné sans comprendre sa nature profonde. Plus tard, j’ai découvert que tout y était symbole. Ce que je croyais une romance était la tragédie d’un homme qui a perdu le sens de ce qu’il est, et qui court après un mirage en se prenant pour Rockefeller. » Une allégorie de l’Amérique.

 

De la poudre aux yeux


Si l’adaptation 3D, en jetant de la poudre aux yeux, égare l’essence du roman, à écouter à Cannes les témoignages de l’équipe réunie, on comprend que chacun a désiré faire le contraire. Carey Mulligan, qui joue Daisy, a lu six ouvrages sur Fitzgerald pour mieux entrer dans le rôle. Elle et ses coéquipiers se lançaient les répliques cultes en cherchant l’âme de l’oeuvre aux côtés du cinéaste.


DiCaprio vole au secours du maître d’oeuvre : « Baz vous incline chaque jour à rêver gros. Il est inspirant, courageux de s’être attaqué à une oeuvre pareille. »


« À la première de The Great Gatsby à New York, une femme m’a abordé, évoque Luhrmann. Elle disait : “Je suis venue du Vermont pour voir ce que vous avez fait avec le livre de mon grand-père. Et je peux vous dire que Scott aurait été fier du film. Il croyait impossible qu’on puisse l’adapter au cinéma à travers la voix du narrateur écrivain. Or, vous y êtes parvenu.” »


Le cinéaste se console des mauvaises critiques avec ces souvenirs-là, mais visiblement ébranlé, lance à la volée : « Avons-nous honoré le livre ? » Il n’est plus trop certain, après tout… Il a essayé.

 

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