Une odyssée fade et proprette

Les dialogues du film Kon-Tiki sont faibles, mais les images, jolies…
Photo: Alliance films Les dialogues du film Kon-Tiki sont faibles, mais les images, jolies…

Ce Kon-Tiki était en nomination pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère dans sa version norvégienne. Mais il y eut un double tournage et c’est le film en anglais, de 17 minutes plus court que l’original, qui se voit distribué sur la scène internationale. On ose croire que la version du pays était meilleure, en tout cas quelques coupures abruptes laissent présager des liens manquants. Par ailleurs, l’oreille est choquée par l’usage de l’anglais avec accent dans ce récit d’aventure d’une équipe norvégienne et le film y perd en crédibilité.

Kon-Tiki fait le récit de l’épopée de l’anthropologue norvégien Thor Heyerdahl en 1947, alors qu’il traversa avec des amis et volontaires le Pacifique sur un radeau pour prouver que la population polynésienne avait été colonisée par des aborigènes péruviens plutôt qu’asiatiques, comme le voulait la thèse officielle.


Dès le début, le film montre ses facilités. Quand Heyerdahl enfant manque de se noyer sous les glaces et que le pathos se met de la fête, quand, adulte (Pal Sverre Hagen), il pose plus tard avec le sourire carnivore du colonisateur avec des Pygmées, pour mettre en évidence sa haute taille, on comprend que la finesse n’est pas au rendez-vous. Des affres de son épouse laissée au pays (Agnes Kittelsen, réduite à quelques répliques), on ne saura pas grand-chose non plus. Mais une incursion dans les locaux du National Geographic Magazine apporte des éléments comiques.


Tout se réduit ensuite bien vite, malgré plusieurs belles images, à une fade odyssée avec de beaux Scandinaves blonds en général interchangeables sur les flots bleus de l’été. Pal Sverre Hagen semble poser comme un mannequin bronzé pour la couverture d’un magazine en Heyerdahl, lequel révèle son incapacité à diriger des hommes comme son manque d’écoute.


Si les cinéastes avaient creusé la psyché des personnages - un seul perd un peu la boule - dans ce film qui se confond vite avec la lutte contre l’océan et ses dangers, la partie huis clos maritime eût été un microcosme de tensions et de frustrations. Mais scénario et acteurs voguent en surface sur leur radeau.


Or, après Life of Pi, Kon-Tiki paraît bien pâle. Baleines, poissons volants, méduses et ouragans en effets spéciaux semblent vouloir copier ceux d’Ang Lee, mais en mode mineur. Parfois un requin capturé, un homme sauvé de la noyade greffent des péripéties intéressantes, mais tout cela manque de sel.


Cette traversée qui connut son poids de stress - le film tourné à bord avait remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 1952 - devient une fable gentillette à la gloire des héros, sur la photo officielle bien proprette de la Norvège en porte-drapeau. Les dialogues sont faibles, les images jolies, le film délavé. Rien de plus, hélas !


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