Cinéma - Réminiscences fantômes

Dans le rôle de Leon, Aaron Poole est seul à l’écran et il convainc. Pour autant, il ne s’agit pas d’un one man show. En effet, l’immense Vanessa Redgrave apporte un concours vocal précieux, au gré de longs monologues livrés par-delà le tombeau.
Photo: Raven Banner Entertainment Dans le rôle de Leon, Aaron Poole est seul à l’écran et il convainc. Pour autant, il ne s’agit pas d’un one man show. En effet, l’immense Vanessa Redgrave apporte un concours vocal précieux, au gré de longs monologues livrés par-delà le tombeau.

Leon est de retour dans la demeure familiale après une longue absence. Il doit tout inventorier et vendre. Membre d’un culte voué aux anges, sa mère s’est suicidée, comme le père de Leon avant elle. Partout, statues et bibelots religieux contemplent le vide de leurs yeux aveugles.


La propriété est décatie, poussiéreuse. Dans chaque recoin se tapit un souvenir douloureux. Leon voudrait être ailleurs. Au mur, une broderie encadrée rappelle une vieille superstition : « Si un couteau tombe par terre, un homme viendra. Si une cuillère tombe par terre, une femme viendra. Si une fourchette tombe, quelque chose viendra. » La nuit venue, dans la vieille maison, les ombres stagnent. Soudain, l’une d’elles se met en mouvement.


The Last Will and Testament of Rosalind Leigh est le premier long-métrage du Canadien Rodrigo Gudiño, fondateur de la revue Rue Morgue, un mensuel spécialisé dans le cinéma d’horreur. Le film a manifestement été réalisé avec un budget minuscule et, dès lors qu’on le regarde dans cette optique, on est à même d’en apprécier les qualités, à commencer par l’atmosphère lugubre qui se dégage de chaque plan.


En somme, on propose ici un récit classique de protagoniste passant une nuit dans une maison hantée. En cela, le contexte contemporain est accessoire ; l’intrigue aurait tout aussi bien pu être campée au tournant du XXe siècle. Le scénario, tant dans ses motifs gothiques que dans sa gradation du délire croissant du personnage, témoigne de ce que l’auteur connaît bien son Poe et son Hawthorne. Le fantôme de l’histoire, davantage une manifestation de métempsychose qu’un spectre, évoque l’iconique Cauchemar du peintre Johann Heinrich Füssli.


Dans le rôle de Leon, Aaron Poole est seul à l’écran et il convainc. Pour autant, il ne s’agit pas d’un one man show. En effet, l’immense Vanessa Redgrave apporte un concours vocal précieux, et paradoxalement très incarné, au gré de longs monologues livrés par-delà le tombeau. Au final, cette oeuvre modeste mais bien fichue est certaine de plaire aux amateurs avisés. Le film rappelle en outre que l’économie est souvent la meilleure amie de l’épouvante.

 

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