Hava Nagila, les destins croisés d’une chanson

Hava Nagila (The Movie) est un documentaire fourmillant d’archives familiales ou d’actualités, d’extraits de films de fiction et d’émissions de variétés.
Photo: Jenny Jimenez Hava Nagila (The Movie) est un documentaire fourmillant d’archives familiales ou d’actualités, d’extraits de films de fiction et d’émissions de variétés.

Elle ponctue les mariages et les bar mitzvah depuis des décennies, distillant une dose quasi excessive de bonne humeur et d’espoir, constituant même une forme d’outrage au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale alors que plusieurs l’entonnaient dans les rues d’Israël. La chanson Hava Nagila, vieille de 150 ans et dont les origines sont encore confuses, résume pour plusieurs la culture juive. Mais derrière sa ritournelle accrocheuse, c’est l’histoire de tout un peuple qui se profile.


La cinéaste Roberta Grossman va au-delà des clichés dans Hava Nagila (The Movie), documentaire fourmillant d’archives familiales ou d’actualités, d’extraits de films de fiction et d’émissions de variétés sur cet increvable ver d’oreille, apprêté à toutes les sauces et à tous les rythmes (même Bob Dylan en a fait une version volontairement massacrée). Sa quête nous amène d’abord dans une synagogue en ruine du petit village de Saragosa, en Ukraine, où se firent entendre les premières variations musicales de ce qui fut d’abord une prière. La transition vers une chanson populaire aux accents patriotiques s’est effectuée en même temps que l’arrivée de la diaspora juive en Palestine, et plus tard avec la création d’Israël en 1948, y combinant le mouvement circulaire d’une danse nommée hora.


Mais comment se fait-il alors que cet hymne, « à la fois kitsch et profond », ait pu non seulement devenir un grand succès, mais aussi transcender les barrières de langues et de cultures ? Selon Roberta Grossman, appuyée par de nombreux témoignages d’historiens et d’archivistes, Hava Nagila est indissociable d’une autre diaspora, celle des Américains d’origine juive qui vont massivement s’établir dans les banlieues au cours des années 1950. L’opulence économique de cette époque va se manifester dans les synagogues, accélérant le rythme des fêtes où la chanson deviendra un cri de ralliement. Au point d’ailleurs d’exaspérer les jeunes baby-boomers, qui verront dans cet air le symbole du conformisme de leurs parents. L’acteur Leonard Nimoy osera même la comparer à You Are My Sunshine tant sa présence semble parfois assourdissante.


Le célèbre Mr. Spock de la série télévisée Star Trek n’est pas la seule figure imposante de ce documentaire au rythme endiablé, monté à une vitesse qui ne rend pas toujours justice à la pertinence, ou au caractère hilarant, des images d’archives. La cinéaste a posé son regard sur des artistes qui ont contribué à faire de la chanson un succès « transculturel », à commencer par Connie Francis, chanteuse d’origine italienne et de confession… catholique, dont l’album Jewish Favorites a fracassé tous les records de ventes en 1960.


Mais c’est surtout la présence du chanteur Harry Belafonte qui illumine tout le film par sa présence, sa voix quelque peu éraillée et son style toujours d’une grande élégance. Celui qui s’est approprié ce succès mieux que personne raconte, les trémolos dans la voix, son interprétation bouleversante dans une Allemagne en ruine au milieu des années 1950 et devant un auditoire humilié par la défaite, responsable de la Shoah. Comme quoi une chanson peut servir de rameau d’olivier.


 

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