Buffet ouvert

L’esprit est une chose très relative. Certains en trouvent là où d’autres n’en voient pas. Wrong de Quentin Dupieux (Rubber) en est un très bel exemple. Par son ambiance sourde, son humour décalé et son intrigue surréaliste avoisinant le rêve éveillé, certains voient une parenté avec David Lynch. Grand bien leur fasse, ce film est pour eux. Les autres, et je m’inclus, assisteront avec un désespoir grandissant à cet exercice de style juvénile et creux sur la solitude et l’absurdité de la vie, qui sème l’ennui là où il croit créer la surprise.


Wrong est en fait un court-métrage, étiré par Dupieux au moyen de conversations à deux personnages, en un long exercice de rhétorique qui a atteint son point de saturation à la quinzième minute.


L’idée de départ était pourtant prometteuse et séduisante : un quadragénaire paumé, campé avec beaucoup d’abandon et de présence par Jack Plotnick (un acteur habituellement abonné aux troisièmes rôles), se réveille un matin pour découvrir que son chien Paul a disparu. L’incident en apparence anodin inaugure une série de rencontres absurdes, inquiétantes ou les deux à la fois, avec en premier lieu le voisin agressif d’en face, le jardinier (Éric Judor, du duo Éric Ramzy) et la standardiste d’une pizzeria qui vient d’ouvrir dans le quartier.


À ce stade, nous avons compris que les conversations constitueront l’unique moteur de l’intrigue, basculant en deuxième partie vers une enquête pour kidnapping, avec à la clé un gourou nouvel-âgeux et un détective. La caméra stoïque, aux cadrages étudiés comme pour une installation photographique, servent pour leur part à exploiter le décalage entre le réel (vu) et l’irréel (entendu). Une scène de bureau sous la pluie et une fuite en voiture dans le désert renversent la proposition, sans raison apparente. D’autres que moi lui en trouveront. Wrong appartient à cette classe de buffets ouverts auxquels on peut prêter toutes les intentions du monde, sans jamais courir le risque d’être « wrong ».


 

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