Cul par-dessus tête

Upside Down oppose un monde d’en haut à un monde d’en bas, classes sociales comprises.
Photo: Alliance Films Upside Down oppose un monde d’en haut à un monde d’en bas, classes sociales comprises.

Après son court métrage primé à Cannes L’homme sans tête et le long métrage Nordeste, road movie argentin avec Carole Bouquet, vite oublié, le cinéaste Juan Solanas s’attaque à un projet ambitieux de science-fiction, Upside Down. Le film est tourné à Montréal, avec une équipe locale, dont Pierre Gill à la caméra, Benoît Charest à la musique, et Vision Globale aux effets spéciaux numériques.

On voudrait applaudir. Le pari est difficile, et Montréal surgit, transformé, magique, investi d’un univers imaginaire. Mais comment adhérer à cette romance à la Roméo et Juliette, têtes en bas, sur lueurs fantastiques ? Le scénario est si mince et l’armature si exubérante, sous la direction artistique du grand Britannique Alex McDowell (derrière Fight Club, Minority Report, Charlie and the Chocolate Factory, etc.) et les effets sophistiqués de Vision Globale. Toute cette énergie pour créer un monde et des images souvent admirables, sur une histoire aussi mal tissée, en général mal jouée.


Manifestement, le Franco-Argentin Juan Solanas a eu les yeux plus grands que la panse en prenant la direction de cette fable futuriste, infiniment moins imaginative que Mars et Avril, dans une veine similaire : quatre années de travail, 55 millions de budget. Il devait avoir en tête le Métropolis de Fritz Lang, sans son génie, à l’heure d’opposer un monde d’en bas à un monde d’en haut, classes sociales incluses. Ici, les deux univers se rejoignent d’abord devant les sommets inversés de deux montagnes. Un jeune garçon pauvre et une jeune fille riche s’aiment, bientôt séparés. Elle devient amnésique. Il la cherche, la retrouve dans l’intermonde, où chaque camp garde sa force de gravité. Les uns semblent marcher au plafond, les autres gardent les pieds sur terre. Amour impossible, dans les rets desquels s’engluent à pleine guimauve les jeunes acteurs Jim Sturgess - particulièrement insignifiant - et Kirsten Dunst - à peine meilleure - sans jamais convaincre, défendant des répliques simplistes de romance à trois sous.


Le Britannique Timothy Spall, cher au coeur de Mike Leigh, en fonctionnaire de Transworld, qui fait le pont entre les deux mondes, parvient seul par son humanité et sa profondeur naturelle à prêter corps à son personnage. Sinon, l’artifice est roi, et cette mécanique si élaborée au plateau comme aux effets numériques tourne à vide sans histoire digne de ce nom à fortifier.