Chloé Robichaud de retour à Cannes

Chloé Robichaud et Fanny-Laure Malo
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Chloé Robichaud et Fanny-Laure Malo

Elle était ravie, jeudi, Chloé Robichaud, de voir son premier long-métrage Sarah préfère la course retenu en Sélection officielle à Cannes. Après dévoilement du menu en conférence de presse, il sera donc projeté à Un certain regard, comme Laurence Anyways l’an dernier. Son premier court-métrage Chef de meute était en compétition cannoise l’an dernier. À 25 ans, un bon début de carrière… « Certains parlent de nouvelle vague québécoise, dit-elle. Chose certaine, la plupart de ces cinéastes sont issus du court-métrage, dont plusieurs femmes. » Thierry Frémaux, à la tête de la Sélection officielle, lui a prédit beaucoup d’avenir et dit souhaiter la revoir en compétition. Le film sort le 7 juin. « Je prends Cannes comme un immense cadeau », dit sa productrice Fanny-Laure Malo.

« C’est un grand rôle de femme hors des stéréotypes, explique la cinéaste. Sarah n’est pas très féminine, ni cantonnée dans l’émotion. Elle est une athlète. J’ai fait aussi un anti-film de sport sur les conséquences de ses choix. La course est un symbole. » Elle salue la prestation de Sophie Desmarais dans le rôle-titre, qui s’est tellement entraînée. Sarah préfère la course n’a eu qu’un budget de 900 000 $. « Mais j’ai fait le film que je voulais », dit-elle fièrement.

Compétition virile

Chloé Robichaud à Un certain regard se retrouve dans la section qui fait sa juste part aux dames, aux côtés de Sofia Coppola, Claire Denis, Rebecca Zlotowski, etc.

La compétition, du 15 au 26 mai, est de son côté bien virile. Seule la Française Valeria Bruni-Tedeschi, avec Un château en Italie, très autobiographique, concourt pour la Palme d’or.

De cette compétition fut écarté Denis Villeneuve pour son film américain An Enemy, mais le cinéaste d’Incendies précise aujourd’hui que son montage n’était pas terminé.

En 2012, on avait jugé l’édition morose. Cette fois, le président du jury Steven Spielberg aura de quoi se mettre sous la dent. Excellent cru en vue, sur un axe résolument franco-américain.

L’an dernier, Thierry Frémaux avait choisi des cinéastes américains peu aguerris, sans impressionner le parterre. Cette fois, retour des meilleurs, des éprouvés, souvent des palmés ! Et qui contesterait la présence de Inside Llewyn Davis, comédie musicale des frères Coen (palmés pour Barton Fink) sur le grand musicien folk Dave Van Ronk (avec John Goodman, Justin Timberlake et Carey Mulligan) ? Ou celle de cet autre palmé Steven Soderbergh pour son premier long métrage Sex, Lies and Videotapes, revenant avec le dernier film de sa carrière - il l’assure -, Behind the Candelabra (Ma vie avec Liberace), sur une liaison du pianiste avec un jeune homme (Matt Damon et Michael Douglas), sans distributeur américain pour l’instant, étant jugé trop homosexuel ? Ajoutez le toujours brillant James Gray, de retour avec The Immigrant, vaudeville à Ellis Island qui donne la vedette à Marion Cotillard, Jeremy Renner et Joaquin Phoenix. Alexander Payne, autre valeur sûre, est du lot avec Nebraska, duo comique père/fils avec Will Forte et Bruce Dern, un road movie.

Sélection d’autant plus collée au mythe des États-Unis qu’elle comprend le premier film américain du Français Arnaud Desplechin Jimmy P. (Psychotherapy of a Plains Indian) avec Benicio del Toro et Mathieu Amalric, sur l’amitié entre un Indien névrosé et son psychanalyste. Même le film d’ouverture The Great Gatsby (hors concours) de l’Australien Baz Luhrmann se colle au roman mythique américain de F. Scott Fitzgerald.

Dans cette sélection, les frontières entre les pays s’effacent de plus en plus. Le Français Jérôme Salle clôt la sélection officielle hors concours avec Zulu, donnant la vedette aux Américains Orlando Bloom et Forest Whitaker, tourné en Afrique du Sud. L’Iranien Asghar Farhadi, primé à Venise puis oscarisé pour Une séparation atterrit en compétition avec son premier film français Le passé (en piste : Berenice Bejo et Tahar Rahim). Roman Polanski (palmé d’or pour Le pianiste) a revisité en France une pièce tirée du sulfureux roman de Sacher-Masoch La Vénus aux fourrures (avec Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric).

Le film américain du Français Guillaume Canet, Blood Ties, est projeté de son côté hors compétition.

Toujours du côté de la France, François Ozon, boudé à Cannes depuis dix ans, rebondit avec Jeune et jolie, portrait d’une jeune fille (Marine Vacth) en quatre saisons. Autres Français : Abdellatif Kechiche, cinéaste de La graine et le mulet, avec La vie d’Adèle (en vedette : Léa Seydoux) et le plus confidentiel Arnaud des Pallières à travers Michael Kohlhaas.

Drive, du Danois Nicolas Winding Refn, avait semé l’émoi sur la Croisette en 2011. Il revient en compétition avec Only God Forgives, tourné à Bangkok, avec sa star Ryan Gosling. L’Italie est sur les rangs avec de nouveau Paolo Sorrentino (derrière Il Divo). Cette fois avec La grande Belleza, histoire d’un écrivain romain penché sur son passé. Le cinéaste tchadien Mahamat Saleh-Haroun (Prix du jury en 2010 avec Un homme qui crie) concourt avec un film répondant au doux nom de Grigris.

Le Flamand Alex Van Warmerdam, derrière Les habitants, film belge tatiesque des années 90, est de la course avec Borgman. Le Mexicain Amat Escalante, cinéaste de Sangre, revient avec Heli, entre amour et vengeance. Deux bons cinéastes nippons, habitués de Cannes, sont de retour : Kore-Eda Hirokazu avec Like Father, Like Son et Takaski Miike avec Shields of Straw. Le grand Jia Zhangke (derrière Platform, Still Life) représente la Chine avec A Touch of Sin.

L’acteur américain James Franco est retenu à Un certain regard avec son premier film As I Lay Dying adapté de Faulkner.

Pas de trace du dernier Terrence Malick, Knight of Cups, parti en orbite. Ni des films de Steve McQueen, de Jean-Pierre Jeunet ou du Grace de Monaco d’Olivier Dahan.

À suivre à la Mostra de Venise…

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