Il n’a rien oublié

Tom Cruise dans Oblivion
Photo: Universal Pictures Tom Cruise dans Oblivion

Amateurs boulimiques de science-fiction, vous aurez à boire, à manger, et peut-être même à réfléchir devant Oblivion, de Joseph Kosinski. À défaut de renouveler le genre, d’en repousser les limites ou de résister aux clichés, le réalisateur de Tron : Legacy préfère piger dans un gigantesque catalogue de références, démarche assumée d’un bout à l’autre de ce film visuellement éblouissant. Il faut d’ailleurs s’incliner devant le savoir-faire méticuleux du directeur photo, Claudio Miranda, qui a plus d’une fois prouvé à quel point il a bon oeil (Life of Pi, The Curious Case of Benjamin Button).


En 2077, devant la Terre transformée en vaste champ de ruines, ratissée par des drones d’une blancheur immaculée supervisés par un héros à la mémoire erratique pour éliminer des rebelles du désert, vous pourrez briller dans les salons à énumérer tous les emprunts qui tapissent Oblivion. De WALL-E à Total Recall en passant par Star Wars et Solaris, sans compter le 2001 de Kubrick, il n’en manque pour ainsi dire aucun. Au centre de tout cela, on retrouve l’impérial Tom Cruise, devenu au fil des ans une citation de lui-même, gardien des dernières ressources disponibles pour que les humains puissent s’envoler vers une planète plus hospitalière.


C’est du moins la version officielle à laquelle il a adhéré, mais ses visions répétitives et obsessionnelles d’un New York d’une autre époque, la nôtre, lui font douter du but exact de sa mission. Sa rencontre brutale et spectaculaire avec Julia (Olga Kurylenko en beauté diaphane), la femme de ses rêves - la formule n’a ici rien de métaphorique -, le pousse à défier l’ordre établi, provoquant un chaos destiné à départager les faux alliés des véritables ennemis.


Cette magnifique tapisserie futuriste comblera tous les regards, mais sa facture soignée à l’excès ne camoufle jamais un scénario lourd en justifications symboliques, en dialogues livrés à la manière de sermons sentencieux. Ce n’est guère étonnant lorsque l’on traverse l’univers de Tom Cruise, qui se donne ici un rôle d’allure messianique, peu importe qu’il soit en selle sur sa moto ou les mains derrière le volant de son bolide spatial, posture d’une sévérité très étudiée, celle d’un acteur au service de son image bien plus que de son personnage.


De là à expédier Oblivion aux oubliettes de l’histoire du cinéma, c’est aller vite en besogne. Le temps s’en chargera, de même que ce tyran nommé box-office, aussi impitoyable que le plus sanguinaire des méchants de science-fiction.


 

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