L’art d’écouter sa petite musique intérieure

Florian Cossen a passé une partie de son adolescence à Montréal et revient ici régulièrement.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Florian Cossen a passé une partie de son adolescence à Montréal et revient ici régulièrement.

Au téléphone en provenance de Munich, l’illusion était presque parfaite. Même si le cinéaste allemand Florian Cossen possède des origines russes, qu’il est né en Israël, a séjourné en Espagne, au Costa Rica, et n’avait jamais vécu en Allemagne avant l’âge de 16 ans, son français est typiquement… québécois.


De 1983 à 1988, ce fils de diplomate a passé une partie de son adolescence à Montréal, un séjour marquant, et pas seulement pour cet accent « que les Français trouvent étrange ». Il revient ici régulièrement, collabore avec un ami d’enfance devenu lui aussi cinéaste, Antonin Monmart, et était au comble du bonheur lorsque son premier long-métrage de fiction, Une chanson en moi, fut présenté en première mondiale au Festival des films du monde en 2010. En plus, loin de repartir les mains vides, il a remporté trois distinctions prestigieuses, dont le prix oecuménique et le prix de la critique internationale. Et après trois ans dans les limbes de la distribution, le film sera finalement visible sur nos écrans dès la semaine prochaine.


Bien qu’il ait posé ses pénates à Munich depuis environ quatre ans (« Ma blonde voulait retourner vivre là-bas et j’avais le goût d’essayer »), Florian Cossen continue d’être un infatigable globe-trotter. Car c’est à Buenos Aires qu’il a tourné Une chanson en moi, une autre ville qu’il connaît bien pour y avoir séjourné plusieurs mois en 2006 à l’occasion d’un voyage d’études en cinéma. Son passage coïncidait avec une triste commémoration, celle de l’instauration de la dictature militaire 30 ans plus tôt. Même si l’armée n’est plus au pouvoir et que le pays tente de regarder vers l’avenir, il a constaté à quel point c’était à la fois « très émotif et très actuel ».


Certains faits sont implacables : environ 30 000 personnes ont disparu sous la dictature militaire. Florian Cossen a toutefois pris connaissance d’une autre réalité tout aussi tragique : « Il y a plus de 500 cas de bébés et de jeunes enfants qui ont été enlevés et placés dans d’autres familles. Au cours des années 1980, ces enfants-là ont commencé à recevoir des informations sur leur véritable identité. J’ai même découvert l’histoire d’un enfant qui a été amené en Angleterre. Pour mon film, j’ai transposé ce lieu avec l’Allemagne. »


Son subterfuge narratif se nomme Maria, une nageuse allemande en transit à Buenos Aires et qui décide d’y passer quelques jours pour des raisons qu’elle-même n’arrive pas à définir de façon rationnelle. Lorsque son père apprend cette escale, il quitte le confort de l’Allemagne pour la retrouver vite fait, une apparition qui devient rapidement un aveu… Florian Cossen admet que plusieurs aspects ne sont guère abordés, si ce n’est de manière allusive. « Avant l’écriture du scénario avec Elena [von Saucken, sa « blonde »], nous avions tout précisé mais, à un certain moment, il faut décider ce que tu veux raconter mais aussi ce que tu ne veux pas raconter. Étant Allemand, je n’avais aucune intention de raconter aux Argentins leur histoire. Je voulais décrire ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui découvre ses véritables origines. C’est un thème universel. »


Cela explique pourquoi Une chanson en moi n’a rien d’un film historique et ressemble à peine à un brûlot politique. « Je voulais moins mettre la lumière sur les causes de la disparition des parents de Maria qu’axer le film sur le moment présent et raconter l’intrigue d’une manière extrêmement subjective. Sur le plan cinématographique, je ne voulais surtout pas de flash-back de militaires qui entrent dans les maisons. »


Toujours avec son bel accent québécois, et quelques mois avant la production de son second long-métrage, une comédie noire tournée en anglais et dans le nord de l’Ontario (on est citoyen du monde ou on ne l’est pas !), Florian Cossen illustre dans ce premier film le fil d’Ariane de sa propre d’existence. « Ce qui m’intéresse depuis longtemps, c’est le thème de l’identité, surtout en tant qu’Allemand ayant passé près de la moitié de sa vie hors de l’Allemagne. À travers ce film, je mets en question l’héritage d’un pays et d’une langue pour quelqu’un qui ne connaît ni l’un ni l’autre… »


 

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