Le groupe de travail sur les enjeux du cinéma québécois est contesté

La composition des membres du groupe de travail sur les enjeux du cinéma québécois dévoilée lundi par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et par le ministère de la Culture suscite des remous. Rappelons que le ministre Maka Kotto avait chargé le 22 février le président de la SODEC François Macerola et la sous-ministre de la Culture Rachel Laperrière de créer un comité pour examiner les enjeux du cinéma québécois - peu couru en 2012 - dans une industrie en mutation.

Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer la composition d’un groupe jugé peu représentatif et non plus dynamique, constitué à la 25e heure.


Mario Fortin, exploitant de salles à la tête du Beaubien et du Cinéma du Parc, déplore le fait que les deux coprésidents du comité aient mis tant de temps (depuis le 22 février) avant de nommer ses membres. « J’aurais souhaité qu’on revoie en profondeur la Loi sur le cinéma et les enjeux généraux. Mais les gens vont aller à Cannes, puis prendre des vacances. On s’y prend trop tard. »


Louis Dussault, à la tête du Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec, s’est fendu mardi d’une lettre à François Macerola avec copie aux journaux. Il s’indigne du fait que son Regroupement, qui avait rédigé un rapport substantiel sur la distribution, ne fasse pas partie dudit comité. À ses yeux, le seul distributeur choisi (Charles Tremblay, de Métropole Films), à travers sa collaboration avec Sony Classics via Mongrel à Toronto, empêche les distributeurs québécois d’acheter certains films porteurs européens et ne peut parler au nom des autres. Louis Dussault déclare que les producteurs et réalisateurs de ce groupe de travail sont liés à l’entreprise eOne. « Les forces du changement sont exclues. Le groupe est incestueux. »


Mario Fortin et Louis Dussault se réjouissent de la présence au sein du groupe de Denis Hurtubise, des services de programmation DenHur, qui représente le circuit art et essai. « Sinon, ils font toujours appel aux mêmes… Alors qu’on aurait besoin de sang neuf », dit Mario Fortin.


« Ce que je trouve déplorable, affirme de son côté Caroline Fortier, directrice de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec, c’est qu’on nomme des réalisateurs au lieu de demander l’avis de l’Association. Les quatre réalisateurs choisis [Micheline Lanctôt, Anaïs Barbeau-Lavalette, Podz et Jean-François Pouliot] se retrouvent aux côtés de leurs employeurs potentiels : producteurs et distributeurs. Ils vont avoir du mal à parler pour l’ensemble de leurs confrères. Leur situation est trop délicate. »

 

Un groupe montréaliste


L’absence de Réseau Plus, qui diffuse en région, de producteurs de films d’auteurs comme la Coop Vidéo, de l’Association coopérative de productions audio-visuelles, de studios de mixage ou de doublage, d’un membre des médias et analyste en cinéma en irrite plusieurs.


Le cinéaste Jeremy Peter Allen (Manners of Dying), domicilié à Québec, très présent sur les réseaux sociaux, trouve l’ensemble du groupe très montréaliste, sans aucun représentant anglophone ou allophone, et bien peu collé aux régions. « Plus de la moitié du public québécois est en dehors de Montréal, dit-il. D’ailleurs, je me demande bien qui représente le public là-dedans. »


Le président de la SODEC François Macerola affirme que le comité est crédible et sera efficace. « On veut établir un processus, puis rencontrer les associations en leur donnant l’occasion de s’exprimer. L’important était d’avoir une représentativité forte dans le milieu pour rayonner ensuite. Rachel Laperrière et moi sommes satisfaits de la composition du groupe, des professionnels qui évalueront l’état du cinéma québécois après des rencontres, mais laissez-nous le temps de prendre le temps. »

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1 commentaire
  • Serge Daigno - Inscrit 17 avril 2013 15 h 15


    Le problème est pourtant simple, les scénarios et les comités de sélection des scénarios ne sont pas à la hauteur.

    Pas besoin d'un comité pour comprendre cela...

    Serge Daigno