De fer et de celluloïd

En 1985, le gouvernement Thatcher abolit l’Eady Levy. Vieille de 35 ans, cette taxe sur les billets de cinéma était destinée à supporter l’industrie cinématographique du pays. À la même époque, les conservateurs mirent fin aux mesures d’allégement fiscal dont bénéficiaient jusqu’alors les productions nationales. Quelques années plus tôt, pourtant, on parlait d’une renaissance du cinéma anglais dans la foulée du triomphe aux Oscar du drame historique Chariots of Fire. Une conséquence directe du thatchérisme, le reste de la décennie vit l’émergence d’un cinéma antagoniste.

Entre The Ploughman’s Lunch (Richard Eyre, 1983), qui relate les compromissions successives d’un journaliste ambitieux, et The Cook, the Thief, his Wife and her Lover (Peter Greenaway, 1989), histoire surréaliste d’un gangster reconverti en restaurateur et métaphore à peine voilée d’un régime prônant la cupidité, les cinéastes s’insurgeaient ouvertement ou furtivement contre le nouveau climat social fait de privatisation massive, de resserrement des lois sur l’immigration et de clauses controversées comme la « section 28 », rendant illégale toute forme de promotion de l’homosexualité.


Propice à la création, cet esprit contestataire engendra d’excellentes oeuvres, dont Whitnail and I, de Bruce Robinson, dans lequel un anticonformiste finit par se couper les cheveux pour décrocher un emploi, ou encore My Beautiful Laundrette, de Stephen Frears, une histoire d’amour homosexuelle et interraciale. Voilà pour la qualité. La quantité, en revanche, souffrit beaucoup.


De fait, le nombre de films produits en Angleterre ne cessa de décroître au cours de la décennie 1980. 1989 marqua à ce chapitre la deuxième pire année depuis 1914. « L’Association des producteurs déclara que les décisions politiques du gouvernement ont mis l’industrie télévisuelle et cinématographique à genoux », lit-on dans le livre Fires Were Started : The British Cinema and Thatcherism paru aux éditions Columbia University Press en 2007.


Une succession refusée


La situation était telle qu’en juin 1990, Margaret Thatcher consentit une rencontre au réalisateur et producteur Sir Richard Attenborough (Gandhi), alors président de l’Institut britannique du film (BFI). Avec le départ de la première ministre quelques mois plus tard, les propositions soumises demeurèrent lettre morte.


« Privatisons ses funérailles. C’est ce qu’elle aurait voulu », proposait récemment Ken Loach (Land and Freedom) en référence aux obsèques de l’ex-chef d’État qu’il haïssait publiquement. En cela, le cinéaste se trouve en bonne compagnie, en témoignent les propos mercredi de la députée de Hampstead et Kilburn, l’actrice Glenda Jackson. « La première première ministre de sexe féminin, d’accord. Mais une femme ? Pas d’après ma définition », a-t-elle conclu au terme d’une sortie en Chambre à ranger parmi les performances les plus senties de sa carrière par deux fois « oscarisée ».


Plus qu’un déversement de fiel post mortem, ces paroles très dures rendent compte de ce qu’en Grande-Bretagne, la communauté cinématographique a encore en travers de la gorge la période Thatcher.


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La BBC embarrassée à cause d’une chanson anti-Thatcher

La BBC se trouve dans l’embarras après que des détracteurs de l’ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher, décédée lundi, eurent réussi à propulser la pièce Ding dong ! The Witch is Dead (Ding dong ! La sorcière est morte) au sommet des palmarès.

Une campagne sur Internet pour faire grimper la chanson tirée de The Wizard of Oz au premier rang du palmarès a été lancée par des critiques de Margaret Thatcher peu après son décès.

Habituellement, une position au sommet du palmarès garantit du temps en ondes sur la BBC, mais certains ont appelé le radiodiffuseur à ne pas faire jouer la pièce, jugeant la référence de « mauvais goût ».

Le radiodiffuseur a indiqué qu’il ferait jouer seulement une portion de la pièce lors d’une émission, dimanche, accompagnée d’un reportage expliquant les raisons de son succès cette semaine.

La pièce se trouvait vendredi au premier rang de iTunes britannique et dans les cinq premières positions des palmarès de musique utilisés par la BBC.

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