Expositions - Le cinéma a son musée!

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Cinémathèque québécoise

On qualifie souvent une cinémathèque de musée du cinéma, en référence à sa collection de films. Mais on oublie, par contre, qu’une cinémathèque peut aussi être un lieu où on trouve une véritable pratique muséale. C’est le cas de la Cinémathèque québécoise.

«Nous avons toujours eu des expositions, explique Jean Gagnon, directeur des collections à la Cinémathèque québécoise. D’ailleurs, la salle Raoul-Barré, située au deuxième étage, sert à loger notre exposition permanente. »


Quant aux expositions temporaires, c’est la salle Norman-McLaren qui les accueille. Le foyer Luce-Guilbeault sert à présenter de petites expositions où sont souvent mis à l’honneur quelques-uns des artéfacts de la Cinémathèque québécoise. « Nous nous servons même des espaces de circulation au deuxième étage pour exposer une partie infime des téléviseurs de la collection Znaimer. »


Effets spéciaux


Le cinquantenaire de la Cinémathèque québécoise est donc le moment tout indiqué pour la création d’une toute nouvelle exposition permanente, qui remplace l’ancienne consacrée à l’animation. Intitulée Secrets et illusions, la magie des effets spéciaux, cette exposition permanente, sous la direction du commissaire invité, Éric Falardeau, permettra aux visiteurs de pénétrer dans l’univers fascinant des effets spéciaux. « On a choisi une définition large des effets spéciaux, explique Éric Falardeau. Cela va du simple effet d’optique, comme un fondu enchaîné, devenu avec le temps un simple élément du langage cinématographique, jusqu’aux effets spéciaux numériques. Cela inclut aussi le maquillage, l’usage de maquettes, l’animatronique, etc. Il ne faut pas oublier que la confection d’un effet spécial exige souvent la contribution de tous les services de la production d’un film. »


Et, par effets spéciaux, on n’entend pas uniquement les effets spéciaux clinquants. « Lorsqu’on parle d’effets spéciaux, on pense surtout aux effets spectaculaires, comme une explosion ou une bataille de vaisseaux spatiaux. Mais ces effets ne sont valables que s’ils s’inscrivent dans la trame dramatique du film, sinon ce sont des effets pour des effets. Il faut aussi accorder de l’importance aux effets spéciaux dont le but est d’être imperceptibles. Même les comédies romantiques ont des effets spéciaux, par exemple, dès qu’on corrige numériquement un défaut de la peau ou qu’on ajoute ou enlève un élément du décor. »


L’exposition est divisée en trois parties. « La première partie est historique et sert à présenter de grands artisans qui ont marqué l’univers des effets spéciaux. On pense à Méliès, mais aussi à Douglas Trumbull, qui a travaillé pour 2001, l’odyssée de l’espace. Une biographie et des extraits de leur travail permettront de les présenter. » La deuxième partie porte sur les raisons pour lesquelles les cinéastes font usage d’effets spéciaux. « Avec les effets spéciaux, on cherche souvent à créer ce qui n’existe pas ou à donner à voir ce à quoi on n’a pas accès. »


La troisième partie porte sur les techniques des effets spéciaux. « On s’intéresse ici autant aux effets spéciaux faits de façon traditionnelle qu’à ceux générés par ordinateur. D’ailleurs, plusieurs effets spéciaux sont produits par la combinaison de plusieurs techniques. Par exemple, on peut faire neiger directement sur un plateau pour ensuite rajouter numériquement de la neige en arrière-plan. Nous avons retenu neuf techniques qui seront illustrées par la présence d’un ou deux artéfacts. Des extraits de films ainsi que des entrevues avec des créateurs d’effets spéciaux québécois permettront aux visiteurs de mieux comprendre de l’intérieur la création d’effets spéciaux. »

 

La télé à l’honneur


Déjà présente dans le domaine de la télévision, notamment par le biais de la collection de téléviseurs Znaimer, la Cinémathèque québécoise a choisi de poursuivre dans cette voie avec la création d’une exposition portant sur la télévision au Canada de 1950 à 2000. « C’est une exposition temporaire que la Cinémathèque québécoise crée et qui tiendra l’affiche tout l’été, explique Jean Gagnon. Ensuite, nous espérons la faire tourner dans d’autres lieux d’exposition au Canada. »


Ici aussi, on a choisi de ratisser large, et cette exposition comporte de nombreux volets. Un de ces volets portera sur l’évolution des appareils et des caméras, un autre fera état des vedettes passées du petit écran. « Nous avons aussi de nombreux extraits d’émissions de télévision, publique comme privée, qui donneront un éventail de l’évolution de la programmation ainsi que de l’esthétique et de la stylistique de la télévision canadienne. »


On s’intéressera aussi au décloisonnement de la télévision. « C’est la télévision qu’on ne voit pas habituellement dans nos postes et qui déborde du sens strict de la télévision. Je pense ici à la télévision communautaire ou encore à la vidéo, que les groupes communautaires et sociaux se sont appropriée, grâce notamment à l’apparition du caméscope. »


Un autre volet portera sur les tentatives de distribuer différemment les émissions de télévision, ainsi que sur les efforts déployés pour créer de la télévision mobile. « On ne s’en souvient guère, mais les premières tentatives de télévision à la carte remontent au début des années 70. Nous avons aussi des appareils, conçus dans les années 80, qui cherchaient à rendre mobile la télévision et qui, à l’époque, étaient perçus comme l’avenir de la télévision. On pense ici au Watchman, le pendant télévisé du Walkman de Sony, ainsi qu’à la TVWatch, un petit écran qu’on portait au poignet, comme une montre. Aujourd’hui, à une époque où on peut regarder une émission de télévision sur une tablette numérique ou un téléphone intelligent, il est intéressant de rappeler que ce qu’on vit présentement a des racines. »

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