Fausse balle

Jackie Robinson est interprété par Chadwick Boseman. Difficile de jauger son talent puisqu’il doit composer avec une partition hagiographique et des dialogues ampoulés. Harrison Ford flirte de son côté avec la caricature dans son portrait de Branch Rickey, un être plus grand que nature.
Photo: Warner Bros. Jackie Robinson est interprété par Chadwick Boseman. Difficile de jauger son talent puisqu’il doit composer avec une partition hagiographique et des dialogues ampoulés. Harrison Ford flirte de son côté avec la caricature dans son portrait de Branch Rickey, un être plus grand que nature.

En tant que premier joueur noir à avoir intégré les ligues majeures de baseball, Jackie Robinson occupe une place importante dans l’histoire des États-Unis. Son embauche par les Dodgers de Brooklyn en avril 1947 a brisé la barrière raciale. Malgré les insultes et les menaces, son comportement est demeuré exemplaire. Surtout, son talent sur le terrain a forcé les racistes et les bas-de-plafond à reconsidérer leurs idées reçues. Dans l’adversité, Jackie Robinson a fait preuve de grandeur. Il méritait un grand film. 42 n’est pas ce film.


Sirupeux au possible, ce drame biographique souffre de plusieurs vices de conception et de bien peu de vertus pour compenser ceux-ci. Tout d’abord, 42 prétend raconter la vie de Robinson, mais semble autant sinon plus intéressé par celle de Branch Rickey, le directeur général des Dodgers qui recruta le premier. On passe d’ailleurs le tiers du film entre les quatre murs du bureau de Rickey, lequel bureau est décoré avec non pas un, mais trois bustes de Lincoln. C’est subtil comme ça.


Ce qui nous amène au second problème : la mise en scène. Avec le réalisateur Brian Helgeland au bâton, on ne pouvait guère espérer de coup de circuit (pardonnez l’analogie), mais quand même ! Scénariste émérite (L.A. Confidential, Mystic River), Helgeland est un cinéaste médiocre. Pour mémoire, on lui doit les nanars certifiés A Knight’s Tale et The Order.

 

Entre film et téléfilm


Combien de scènes où n’apparaissent dans le cadre que deux joueurs dialoguant, un troisième assurant un semblant de profondeur de champ dans un arrière-plan dénudé ? On ne sent pas l’équipe (on met une heure avant d’entrer dans les vestiaires où la tension devait pourtant gronder d’office), et encore moins le public. En privilégiant les plans moyens et les gros plans, Helgeland paraît s’être soucié davantage du petit que du grand écran. Quelques amorces de foule (générée par ordinateur) et d’immeubles historiques (« augmentés » par ordinateur) n’y changent rien. À force de confinement focal, on finit par avoir l’impression d’une production au rabais. Et tout cela s’enchaîne sans la moindre fluidité. À croire que le montage a été assuré par des analphabètes de l’image.


Jackie Robinson est interprété par Chadwick Boseman (The Express). Difficile de jauger son talent puisqu’il doit composer avec une partition hagiographique et des dialogues ampoulés. Harrison Ford flirte de son côté avec la caricature dans son portrait de Branch Rickey, un être plus grand que nature. Ô surprise, une fois les doutes initiaux dissipés, on en vient à être reconnaissant de la présence de la vedette tant il y a peu à savourer dans cette purée sentimentale.



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