Voyage psychédélique jusqu’au maelström mental

Trance est un film noir, avec femme fatale et triangle amoureux, qui a une dimension supplémentaire de manipulation kaléidoscopique.
Photo: Fox Searchlight Trance est un film noir, avec femme fatale et triangle amoureux, qui a une dimension supplémentaire de manipulation kaléidoscopique.

Se rapprochant de sa veine Trainspotting avant de lui donner une suite à l’écran, jonglant aussi avec un labyrinthe scénaristique à la Inception de Christopher Nolan - dont l’ancêtre illustre demeure le Vertigo d’Hitchcock -, le Britannique Danny Boyle s’est écarté des rives plus naturalistes où l’avaient conduit l’oscarisé Slumdog Millionaire et 127 Hours, sans remiser leurs jeux de miroirs. Tourné avant sa mise en scène de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, monté après cet épisode, le film indique quelle voie il entend creuser à cette étape de sa carrière.

Usant d’écrans dans les écrans à travers ceux des nouvelles technologies - téléphones intelligents ou tablettes numériques -, mais aussi reflets multiples de caméra, histoire de répondre à la complexité de l’intrigue en poupées gigognes, le cinéaste de toutes les branchitudes s’est offert un voyage psychédélique (attention, effets spéciaux en délire !) avec ce Trance, semé de trappes en tous genres, jusqu’au maelström mental.


Ce thriller psychologique jette un doute sur les intentions du héros. Victime ? Manipulateur ? C’est dans un chic encan d’art qu’un commissaire-priseur, Simon (James McAvoy), dérobe avec la complicité d’alliés malfaiteurs l’inestimable tableau Vol des sorcières de Francisco Goya (dans la vraie vie, propriété du Musée du Prado à Madrid). Assommé par le chef de gang (Vincent Cassel, à son meilleur) d’un vigoureux coup-de-poing, il devient (ou pas) amnésique et n’avoue pas (ou ignore), même sous la torture, où l’oeuvre est cachée. Que faire ? Une sublime thérapeute hypnotiseuse (Rosario Dawson) se mettra sur le coup, histoire de l’aider ou de lui nuire. C’est selon. Ici, tout le monde ment. La belle soigne et aime à sa guise, le subconscient parle et se fait manipuler, le passé refait surface en brassant encore davantage la donne.


Trance démarre en trombe et met en appétit. Danny Boyle sait ficeler une action et la scène du braquage rebondit à une vitesse folle : mise en scène impeccable et violente pour cette ouverture à la Tarantino. Trance se démultiplie ensuite en segments, dotés de leurs structures propres, de leurs logiques aussi. Le cinéaste expérimente avec une liberté jubilatoire, alors que son directeur photo Anthony Dod Mantle multiple les cadrages décadrés au milieu d’envolées stylistiques. La musique de Rick Smith apporte un liant supplémentaire et le monteur Jon Harris confère un rythme dingue à cet univers à tiroirs.


On est dans le film noir, femme fatale comprise et triangle amoureux, avec une dimension supplémentaire de manipulation kaléidoscopique. Rapidement les questions d’argent deviennent accessoires, pour ouvrir sur les rivalités et les blocages intimes.


En ce sens, le rôle de Simon en confusion d’identité, joué par James McAvoy (très remarqué dans Atonement), par le flou qu’il implique, le pousse à l’ombre de ses partenaires aux personnages mieux découpés. Le Français Vincent Cassel, dont le puissant charisme sert à merveille les profils de mauvais garçon à la sexualité triomphante, crève l’écran aux côtés de la brune et sensuelle Rosario Dawson, à la perversité d’une lady Macbeth.


On peut reprocher à Trance de s’enfoncer avec excès dans la complexité de sa trame en dernière partie, avant un nouveau coup de volant vers la facilité narrative pour sa finale décevante. Reste que Danny Boyle a joué d’audace et de puissance dans le gros du film avec une rage et un esthétisme agonique, témoins de sa haute forme pour tous les avenirs.

 

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