Splendeurs et misères des 50 ans de la Cinémathèque québécoise

La Cinémathèque, qui a pour mission de préserver et de mettre en valeur le patrimoine audiovisuel, souffre de maux endémiques et doit chercher plus de la moitié de son budget hors subventions.
Photo: Source Martine Doyon / Partenariat du Quartier des spectacles La Cinémathèque, qui a pour mission de préserver et de mettre en valeur le patrimoine audiovisuel, souffre de maux endémiques et doit chercher plus de la moitié de son budget hors subventions.

La voici quinquagénaire, la Cinémathèque québécoise. Elle s’apprête à célébrer l’anniversaire en question, tout au long de l’année, avec films, expositions et leçons de maîtres.


Le grand lancement officiel se fera le 18 avril avec l’ouverture de l’exposition permanente Secrets et illusions : la magie des effets spéciaux, présentée gratuitement. En conférence de presse mardi, la comédienne Caroline Dhavernas s’avouait honorée d’être la porte-parole du demi-siècle d’un organisme qu’elle qualifie de coffre aux trésors.


Quant à la directrice Iolande Cadrin-Rossignol, elle rappelait à quel point, en 1963, notre cinéma commençait à émerger avec Pour la suite du monde de Perrault et Brault et À tout prendre de Claude Jutra. Que de films aujourd’hui !


« L’image va être au coeur de toutes les aventures historiques et patrimoniales des 100 prochaines années », dit-elle, déplorant dans un même souffle que le cycle audiovisuel ne se referme jamais sur le patrimoine. « Également musée du cinéma, notre Cinémathèque sera bientôt seule à présenter des films dans leur format original de 35 mm. »


Mais, mais, mais. La situation de l’établissement, qui saute de crise financière en crise financière depuis de nombreuses années, est au « mal fixe ».


« On est à neuf jours de l’ouverture des célébrations anniversaires et rien n’est réglé, confiait en aparté au Devoir Iolande Cadrin-Rossignol. Le statu quo est toujours en vigueur. »


La Cinémathèque, qui a pour mission de préserver et de mettre en valeur le patrimoine audiovisuel, souffre de maux endémiques et doit chercher plus de la moitié de son budget hors subventions. « Elle aurait besoin de 1,5 million de dollars par année, indexé au coût de la vie, pour demeurer à flot. » Mais au ministère de la Culture, l’argent manque. Tous les grands joueurs culturels se tournent en même temps du côté du privé, avec encombrement. Les voix qui voulaient qu’elle devienne une société d’État se sont assourdies.


Au printemps dernier, l’ancienne ministre de la Culture Christine St-Pierre avait mis sur pied un comité de relance et de consolidation, responsable de formuler des recommandations sur son sort, lesquelles flottent dans leurs limbes, à l’étude.


Un montant de 50 000 $ a été promis par la ministre St-Pierre en juillet, et allongé en mars dernier, mais la somme comble surtout une partie du déficit.


La directrice réclame aussi (en vain) que les problèmes du patrimoine et de la conservation à la Cinémathèque soit compris dans l’étude sur le cinéma québécois parrainée par la SODEC.


La Cinémathèque doit aussi rejoindre davantage le grand public, qui comprend mal le mandat de l’organisme, rendre les lieux plus colorés et accueillants. Son manque de fonds la dessert. On refusait de dire mardi quel était le budget alloué à ce 50e anniversaire. Trop dérisoire. « Dieu merci, des commandites privées en échange de services nous aident, déclarait Jeanine Basile, la directrice des communications, mais elles ne sont pas à la hauteur de nos besoins. »


L’exposition Secret et illusions a reçu une subvention particulière, sinon… « On accomplit des prodiges avec si peu », dit Iolande Cadrin-Rossignol en criant dans le désert.


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Une programmation pour célébrer en grand

Jusqu’en avril 2014, un tas d’activités sont au programme du demi-siècle de la Cinémathèque, culminant en bout de course, comme l’explique le directeur de la programmation Fabrice Montal, sur une importante rétrospective d’Orson Welles, au cinéma, à la télévision et à la radio (avec l’épisode de La guerre des mondes en 1953).

Auparavant, d’autres rétrospectives : du créateur d’effets spéciaux Ray Harryhausen, du cinéaste français Jean Grémillon (Gueule d’amour, Lumière d’été), du cinéaste québécois André Forcier (dont certaines œuvres étaient partiellement inaccessibles).

La semaine des pianistes instaurée par le musicien à demeure Gabriel Thibodeau sera une carte d’invitation à des confrères pianistes de cinéma. Ajoutez un coup de chapeau à la cinéaste d’animation québécoise sur peinture sur verre Martine Chartrand (Âme noire, McPherson). Rétrospective aussi au cinéaste estonien d’animation Priit Pärn et du spécialiste des effets spéciaux et réalisateur d’animation George Pal.

L’expo Secrets et illusions, orchestrée par Éric Falardeau, remontera l’histoire des effets spéciaux, des inventions de Méliès à Mars et Avril avec artefacts, entretiens, etc. Autre expo importante : Volets du village global. L’ère de la télévision au Canada, 1950-2000.

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