Roger Ebert 1942-2013 - Décès du mythique critique américain, inventeur de la formule «two thumbs up»

Le critique de cinéma Roger Ebert et son fameux signe marque de commerce du pouce levé lors du Festival international du film de Toronto, en 2001.
Photo: Agence France-Presse (photo) J.P. Moczulski Le critique de cinéma Roger Ebert et son fameux signe marque de commerce du pouce levé lors du Festival international du film de Toronto, en 2001.

Atteint d’un cancer de la glande thyroïde depuis 2002, le critique de cinéma Roger Ebert a finalement succombé à la maladie le 4 avril. Premier critique à se voir attribuer le prestigieux prix Pulitzer, il était considéré comme l’une des figures médiatiques les plus influentes des États-Unis selon Forbes. Collaborateur phare au quotidien Chicago Sun-Times et auteur d’une vingtaine d’ouvrages consacrés au cinéma, Roger Ebert a acquis une immense notoriété en tenant la barre d’émissions télévisées à succès telles que Sneak Previews et At the Movies with Siskel and Ebert.


Fils d’électricien et fruit d’un héritage allemand, hollandais et irlandais, Roger Ebert naquit le 18 juin 1942 dans la petite ville de Urbana, en Illinois. Dès l’adolescence, il multiplia les collaborations avec le journal de son école et poursuivit dans cette veine au collège puis à l’université, glanant au passage plusieurs prix.

 

La critique qui le fit connaître


L’année 1967 en fut une charnière pour le jeune journaliste, qui fut embauché au Chicago Sun-Times. Cet été-là, il publia une critique dithyrambique du film Bonnie and Clyde, alors que le film d’Arthur Penn, jugé trop violent par la critique établie, avait jusque-là reçu un accueil mitigé. La charge de Roger Ebert fut telle qu’elle contribua à faire tourner le vent, et ce, bien qu’il eût alors été en fonction depuis à peine six mois.


Le ton avait déjà été donné quelques mois plus tôt alors que sa critique du drame d’horreur à petit budget Night of the Living Dead allait elle aussi à contre-courant. Le mensuel Reader’s Digest l’avait d’ailleurs reprise.


En 1975, son collègue Gene Siskel et lui lancèrent l’émission télévisée Sneak Previews, qui connut un vif succès, notamment grâce au verdict « thumbs up/thumbs down » concluant chacune de leurs interventions. L’expression « two thumps up » entra presque d’office dans la culture populaire.


En 2002, Roger Ebert subit une première opération pour traiter un cancer de la glande thyroïde. Une seconde s’imposa en 2003, puis une troisième, en 2006. Cette dernière intervention engendra des complications et nécessita l’ablation d’une partie de la mâchoire inférieure, privant le critique de l’usage de la parole et mettant un terme à trente années d’activité télévisuelle. Les facultés rédactionnelles de Roger Ebert demeurèrent en revanche intactes.

 

Passion cinéphile


Grand défenseur du cinéma de feu Robert Altman (M.A.S.H., The Player, Gosford Park), Roger Ebert était devenu au fil des ans l’un de ses meilleurs amis, le premier ouvrant volontiers ses plateaux de tournage au second. Réalisateur de productions érotico-cultes, Russ Meyer était une autre de ses accointances proches. Roger Ebert écrivit même pour lui le scénario du pastiche Beyond the Valley of the Dolls, sorti en 1970.


Prompt à faire l’éloge d’un cinéma dit populaire, il n’en était pas moins un cinéphile averti, comme en témoigne la rubrique « Great Movies » de son populaire site Internet. Érudits à souhait, ses textes consacrés à des oeuvres comme Le boucher, de Claude Chabrol, Le samouraï, de Jean-Pierre Melville, Belle de jour, de Luis Buñuel, Monsieur Hire, de Patrice Leconte, ou encore La femme des sables, de Hiroshi Teshigahara, sont empreints d’une passion quasi palpable.


À ce chapitre, Roger Ebert consacra le dernier texte de cette collection, qui en compte plus de 300, à La ballade de Narayama, de Keisuke Kinoshita. Le film relate le parcours d’un fils forcé d’amener sa mère à son dernier repos au sommet du mont Narayama, puisque dans leur village, la tradition veut qu’on y conduise quiconque atteint l’âge de 70 ans, celui de Roger Ebert.

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