Mère révolte

L’actrice Mélanie Thierry tient le rôle d’une femme enceinte qui se retrouve en prison.
Photo: AZ Films L’actrice Mélanie Thierry tient le rôle d’une femme enceinte qui se retrouve en prison.

Certains films trouvent la juste distance avec leur sujet dans le traitement de caméra, les dialogues, le jeu des acteurs. Ombline, premier long-métrage du Français Stéphane Cazes (après quelques courts), est de ceux-là, sans pathos ni racolage, là où la réalité carcérale abordée est ingrate et violente. Avec un réalisme rappelant le cinéma des frères Dardenne, Stéphane Cazes, qui a enseigné dans des prisons pour femmes et multiplié les recherches, a su créer des personnages puissants, complexes et attachants, plus vrais que nature. À travers un scénario vraiment remarquable, qui adopte le point de vie de l’héroïne.


Mélanie Thierry (La princesse de Montpensier, Le dernier pour la route) tient là son meilleur rôle, celui d’une jeune femme malmenée par la vie, brutale, qui voit son conjoint périr assassiné et se retrouve en prison pour coups et blessures, enceinte.


Dans ce milieu impossible, où les rapports de haine et de violence sont omniprésents, tant entre détenues qu’avec les gardiennes de prison, Ombline sera sauvée de l’enfer par son amour maternel.


La comédienne au visage d’ange s’éclate à travers les registres : de la douceur à la cruauté, de la confiance à la démence agitée, battante pour garder le fils adoré.


Rien n’est négligé, ni les coups, ni les injures, ni les trahisons, mais, par-delà la trajectoire d’une femme qui passe de la révolte au courage, c’est un voyage initiatique qui se déroule ici, servi par une caméra mobile, des jeux d’ombres et de lumière. Un voyage au cours duquel les barreaux de la prison deviennent la métaphore des épreuves à surmonter. Une humanité surnage, timide, chez les autorités pénitentiaires, qui passent ici et là l’éponge, chez la famille d’accueil pleine de bonté, chez une surveillante au double visage et même chez la plus endurcie des criminelles (épatante Corinne Masiero), qui empoisonne la vie des autres pour cacher ses blessures.


Ce très beau film, sans jugement, joué et monté avec une rigueur étonnante, révèle une voix de cinéaste, comme il révèle l’amplitude du talent de Mélanie Thierry qui éclate au grand jour.

 

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