Gilles Bourdos, d’un Renoir à l’autre

Dans son Renoir, Gilles Bourdos voulait aller à la suite du peintre vers la lumière. Ici avec Christa Théret.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alberto Pizzoli Dans son Renoir, Gilles Bourdos voulait aller à la suite du peintre vers la lumière. Ici avec Christa Théret.

Paris — Les liens qui unissaient deux authentiques génies - le peintre impressionniste Auguste Renoir et son fils Jean, futur cinéaste de La grande illusion et de La règle du jeu - nous sont souvent mal connus. Étrange filiation remplie de mystères. Au Français Gilles Bourdos, on ne devait au départ pas grand-chose (le très inégal Afterwards, une coproduction canadienne en 2008), mais son Renoir, qui assurait la clôture de la section Un certain regard au dernier Festival de Cannes, est l’oeuvre qu’il portait dans son coeur.


« Il y a un livre de Jacques Renoir, arrière-petit-fils d’Auguste, une biographie Jean Renoir de Pascal Mérigeau et surtout Pierre-Auguste Renoir, mon père, écrit par Jean Renoir, mais avec seulement une demi-page sur l’histoire que je raconte. Pour la recherche, six mois de travail avec des documentalistes, des archives, plusieurs conversations avec Pascal Mérigeau ont fait le reste. J’ai écrit un récit qui se déroule sur quelques semaines à peine. »


Le film se déroule en 1915, durant la Grande Guerre. Jean Renoir (Vincent Rottiers), 21 ans, revient du front blessé pour passer sa convalescence chez son père (Michel Bouquet), qui peint dans son domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer, flanqué d’un immense jardin, après la mort de son épouse. Une jeune femme (Christa Théret), dernier modèle d’Auguste, l’enflamme (il l’épousera par la suite et en fera sa muse actrice). « Fantasme d’Auguste et de Jean, Andrée l’est aussi de Claude, son petit frère. Andrée est un pivot. C’est elle qui veut faire partager sa passion du cinéma à Jean et lui montre le chemin pour avoir des rôles. Dans mon film, Auguste est un artiste achevé et Jean n’existe pas encore. Il est sans ambition, sans destin, du moins il le pense, et son père aussi. Jean est marqué par la guerre qui marquera ses films. »


Gilles Bourdos voulait aller à la suite du peintre vers la lumière : « Je n’aurais pas travaillé sur une partie de la vie d’Auguste Renoir en région parisienne, précise Gilles Bourdos. Mes grands-parents étaient de Cagnes-sur-Mer. Je suis né à Nice et j’avais envie de retrouver le plaisir d’un éden méditerranéen dans la vie d’Auguste Renoir, qui habitait là-bas à la fin de sa vie. La beauté est sa réponse à la négativité du monde. Ses deux fils sont à la guerre. Plus il souffre, plus sa peinture est remplie du plaisir de vivre. Le film est construit sur cette opposition. C’est son choix d’artiste. Auguste Renoir a fait le voyage en Italie, suivi le parcours méditerranéen, il est devenu ami avec Cézanne. Avant ce film, je me suis baigné d’influences picturales : Matisse, Cézanne, Picasso, cette mythologie qui baignait aussi celle du peintre. »


Michel Bouquet, il précise y avoir pensé tout de suite pour incarner le vieux peintre au soir de sa vie. « Il est au théâtre depuis 1940. J’ai eu une chance extraordinaire. Un projet a été abandonné pour lui et j’étais disponible. Ce fut une connivence immédiate avec le rôle. Michel Bouquet possède un rapport fort à la peinture et ses yeux traduisent toutes les émotions du personnage, entre profondeur et énergie vitale. Quant à Vincent, je l’avais repéré dans différents films français. Son énergie me rappelle celle de Jean Gabin, mais il ne devait surtout pas jouer le futur cinéaste, juste un jeune homme indécis. »


Gilles Bourdos a voulu montrer l’acte créatif à travers la main d’un faux faussaire, Guy Ribes, qui peint des toiles qui auraient pu exister. Pour lui, les modèles sont importants, surtout les vrais corps féminins, la splendeur de la nature.


« Le film de Jean Renoir qui m’a le plus influencé est Le fleuve, son premier en couleurs, qui pouvait en découdre avec la préoccupation de son père comme coloriste. Jean avait voulu tourner le dos à l’univers d’Auguste, mais en technicolor, avec trois femmes d’âges différents, il le retrouvait. Jean Renoir a fait aussi Une partie de campagne, évidemment, hommage direct à ce père qui l’a tant marqué, mais sans la couleur. »


 

Notre journaliste a séjourné à Paris à l’invitation d’Unifrance.

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