L’hiver, de gré ou de force

Calamité pour les uns, source de plénitude pour les autres, l’hiver imprègne ses splendeurs et ses misères sur les paysages, mais aussi sur les âmes de ceux et celles qui subissent ses rigueurs, ou s’y adaptent avec créativité.


Le titre du documentaire de Marie-Geneviève Chabot, En attendant le printemps, pourrait être une devise alternative des Québécois tant la saison des tempêtes et des grands froids représente pour plusieurs une période maudite. Par contre, ses personnages, eux, s’en accommodent très bien, amateurs de chasse, de pêche et de randonnées en motoneige. Dans le Nord-du-Québec, tout près de Chapais, un village tristement célèbre à la suite d’un incendie qui a causé la mort de près de 50 personnes le 1er janvier 1980 dans un gymnase, trois hommes, tous d’anciens mineurs, s’inscrivent dans ce décor d’une blancheur spectaculaire.


Or, comme leurs amis, leurs enfants, leurs anciens camarades de travail, et parfois même leur conjointe, ils auraient pu quitter la région, surtout après la fermeture de la mine d’or au début des années 1990. Bernard, Alain et Jean-Yves ont pourtant décidé de rester dans ce pays dépeuplé, certains diraient même abandonné des dieux tant le climat y est rigoureux.


C’est d’abord et avant tout leur force tranquille que Marie-Geneviève Chabot célèbre alors qu’elle-même, Montréalaise pur béton, a décidé en 2009 de s’installer là où vivent ses protagonistes, ce qui explique en partie leur complicité. On oserait même ici parler de « chaleur » tant leurs rapports s’avèrent simples et directs, souvent ponctués de silences, se permettant même ici et là quelques larmes, sur leur passé de travailleur acharné (et bien rémunéré) ou ce temps béni avec des enfants devenus grands, et absents.


De ce trio de jeunes retraités aussi fiers que blessés, c’est la figure de Bernard, alias Berny, qui s’impose, nettement la plus inspirante pour la cinéaste. Son histoire n’est pas si différente de celles de ses voisins du lac Cavan, où ils se retrouvent parfois au milieu de cette immensité glacée, mais cet ancien mineur se démarque par sa franchise et sa candeur dans la manière d’exposer son quotidien, tout comme ses jardins secrets. Qu’il s’agisse des photos de ses deux filles dont il n’a pu obtenir la garde après son divorce, des nombreuses pierres qu’il transporte à bout de bras pour les déposer savamment autour de sa demeure, ou encore de son bonheur ému de retrouver dans la neige un objet fétiche, Berny illumine le film par sa seule présence, active et débonnaire.


En filigrane de ces portraits d’hommes à la fois d’aujourd’hui et d’un autre temps - celui du pourvoyeur absent, et de peu de mots -, c’est cet hommage à une saison tant décriée qui donne à ce documentaire, simple et touchant, une aura de beauté immaculée.



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