Entre la plaie et la cicatrice

Premier long-métrage de Jimmy Larouche, La cicatrice a ceci de particulier qu’il s’intéresse au bourreau autant qu’à la victime.
Photo: François Pesant - Le Devoir Premier long-métrage de Jimmy Larouche, La cicatrice a ceci de particulier qu’il s’intéresse au bourreau autant qu’à la victime.

Le phénomène de l’intimidation est vieux comme le monde. Créature grégaire, l’être humain recherche la sécurité du groupe. Et à chaque bande, ses exclus. Ainsi en va-t-il à l’école où les gros, les laids, les gais, les trop et les pas assez intelligents, les différents, ne l’ont pas toujours facile. Premier long-métrage de Jimmy Larouche, La cicatrice a ceci de particulier qu’il s’intéresse au bourreau autant qu’à la victime, leurs présents réciproques étant éclairés à la lumière de leurs passés respectifs.


À la base du scénario de La cicatrice se trouve un procédé narratif particulier, un flash qui a poussé Jimmy Larouche à développer cette histoire plutôt qu’une autre. Les protagonistes : Richard, un homme beige, sans qualité, divorcé, et Paul, son contraire gueulard, charismatique et marié. Le décor : une grange à l’intérieur de laquelle le premier a séquestré le second, et où le second a autrefois humilié le premier.


Richard n’est pas seul à adresser des récriminations à son ancien tortionnaire. En effet, alors que les blessures de l’un et de l’autre sont graduellement révélées au cours de retours en arrière, un jeune homme et un adolescent se joignent à Richard pour tourmenter Paul. Or chacun représente Richard à une étape charnière de sa vie ratée. Pensez au fantôme des Noëls passés de Charles Dickens.


« Je cherchais une prémisse que je pourrais développer à partir d’un budget modeste, relate Jimmy Larouche. Le face à face entre deux personnages dans un lieu unique s’est imposé. Puis je me suis demandé ce qui les avait amenés là. Une agression sexuelle ? N’ayant rien vécu de semblable, j’ai écarté cette possibilité. Mais ça m’a incité à me demander de quoi je voulais vraiment parler. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à penser aux petites choses qui modèlent celui qu’on devient ; ces événements insignifiants qui sont finalement fondateurs. Enfant, je souffrais d’obésité. J’étais gros. Et même si ça fait plusieurs années que je ne le suis plus, je me suis longtemps vu gros. C’est sûr que je me suis fait écoeurer avec ça, mais comme j’étais fort, je me suis fait respecter avec mes poings. »


D’où le désir du cinéaste d’explorer les deux versants de l’intimidation : qu’est-ce qui se passe dans la tête de la victime et qu’est-ce qui se passe dans celle de l’agresseur. « J’ai été les deux, remarque Jimmy Larouche, qui s’implique à présent dans la fondation Jasmin Roy pour la lutte contre l’intimidation. Mais au-delà de ça, ça me semblait important d’accorder autant d’importance aux deux personnages parce que je pense que c’est la seule manière de comprendre le phénomène. » Autrement dit, pour bien juger une situation en aval, mieux vaut savoir ce qui s’est passé en amont. De quel milieu vient l’agresseur ? Est-il lui-même la victime de quelqu’un d’autre ? Autant de questions que soulève le film de Jimmy Larouche, qui opte pour le constat plutôt que pour la condamnation. La cicatrice prend l’affiche le 12 avril.

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