Corno, dans son intimité la plus absolue

Corno a remporté le Prix du public lors du plus récent FIFA.
Photo: Guy Edoin Corno a remporté le Prix du public lors du plus récent FIFA.

Fruit d’une observation attentive d’un an de la part du cinéaste Guy Édoin, le documentaire Corno s’intéresse à la peintre Johanne Corno, une native de Chicoutimi (à présent Saguenay) qui vit très bien de son art même si elle ne fait pas l’unanimité dans le milieu. C’est d’ailleurs l’une des forces du film de Guy Édoin que de rappeler certaines paroles, certains écrits, sans chercher à ménager son sujet. Le portrait qui émerge graduellement n’en apparaît que plus complexe.


« Je suis vraiment fier du travail accompli, me confiait Guy Édoin à la faveur d’une rencontre à Regard sur le court métrage au Saguenay (tiens donc). J’ai eu carte blanche. Johanne Corno ne m’a rien dicté. »


Force est d’admettre que le réalisateur de la remarquable trilogie de courts-métrages Les affluents, qui déborde de sensualité et de sexualité débridées, ainsi que du non moins formidable Marécages, tout aussi chargé sur le plan de l’érotisme, était le cinéaste tout désigné pour se pencher sur l’univers pictural de la peintre qui multiplie les nus aux formes charnues et aux moues concupiscentes. « C’est mon essence. T’aimes ça, t’aimes pas ça, mais t’en as plein la gueule », déclare à cet égard la peintre après avoir décortiqué sa démarche sans faux-fuyant.


Plus loin, elle parle de son père voyageur de commerce devenu sculpteur sur le tard. « Quand j’ai vu son atelier… Il n’avait jamais vu mon set-up, mais on avait la même installation, les mêmes sujets. J’ai compris d’où je venais. Je suis la fille de mon père. C’est quelque chose, cette réalisation-là », entre autres passages candides.


Corno, cela dit, ne se contente pas de survoler les toiles et de collectionner les confidences. Guy Édoin s’approche au plus près de son sujet dans son atelier, dans son geste créateur, et donc dans son intimité la plus absolue, et le cerne avec une acuité troublante. « J’ai découvert une femme fascinante, pleine de contradictions », me disait-il encore. Et le spectateur de la découvrir avec lui. Rappelons que Corno a remporté le Prix du public lors du plus récent Festival international du film sur l’art (FIFA).