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15e Soirée des prix Jutra - Un raz de marée nommé Rebelle

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	Le réalisateur de Rebelle, Kim Nguyen, et Rachel Mwanza, qui a reçu le Jutra de la meilleure actrice.</div>
Photo: François Pesant Le Devoir
Le réalisateur de Rebelle, Kim Nguyen, et Rachel Mwanza, qui a reçu le Jutra de la meilleure actrice.

On avait prévu qu’un vent puissant pousserait le film Rebelle de Kim Nguyen au 15e gala des Jutra. Ouragan il y eut. Les qualités de ce drame poétique, sur fond de guerre civile et d’enfants soldats au Congo, n’ont plus besoin d’être démontrées, mais le fait que le film ait concouru aux Oscar explique aussi ce raz de marée. L’an dernier, Monsieur Lazhar et, en 2011, Incendies avaient également été couronnés aux Génies et aux Jutra à leur retour au pays après des nominations analogues. Appelons ça l’effet Oscar, qui enlève du suspense à la fête.

Déjà primé dix fois aux Écrans canadiens dans les plus hautes catégories, Rebelle a reçu aux Jutra huit prix et des gros : meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleure actrice à la jeune Rachel Mwanza, émue jusqu’à en perdre le souffle, dédiant son prix aux enfants de la rue et aux pauvres, déjà couronnée à la Berlinale et aux Écrans canadiens (au nez de Suzanne Clément brûlante dans Laurence Anyways, primée à Cannes). Meilleur acteur de soutien à Serge Kanyinda, en sorcier albinos amoureux de la jeune fille. Ajoutez meilleures images, meilleur montage, meilleur son. Kim Nguyen, qui signait son quatrième long métrage, n’avait jamais remporté de Jutra et se reprenait dimanche, souriant, heureux.


Rémy Girard, chantant et rappant, mais menant le rythme trop vite, aurait eu besoin de réinventer la roue pour faire lever la cérémonie, après une année où le public bouda son cinéma. « C’est sûr que je n’avais pas de film cette année », ironisa-t-il. Il bouclait la boucle, ayant animé les premiers Jutra en 1999 et resta dans sa zone de confort. Pas très dynamique tout ça !


Remerciements brefs, numéros plus ou moins réussis, décors classiques ; André Turpin a su donner une amusante leçon de direction photo, avec le concours d’Isabelle Blais. C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée, fut plébiscité meilleur film parmi les grands lauréats des Jutra des quatorze dernières années.

 

Hommage à Michel Côté


L’acteur Michel Côté, si aimé des Québécois, a reçu avec émotion, le regard mouillé, mais plein d’humour son prix hommage des mains de son ami et partenaire de la mythique pièce Broue, Marc Messier. Celui-ci a fait remarquer que tous les films auxquels Côté a participé au cours des quinze dernières années ont été des succès populaires. « C’est aussi par son cinéma qu’on mesure l’évolution d’un pays, a dit Michel Côté. Pas seulement par son escadrille de F35. » Il trouve inquiétant que nos films aient fait des recettes décevantes en 2012. « C’est à nous de revitaliser notre patrimoine culturel », estime-t-il. Le lauréat du prix hommage, avec ses mots vibrants pour sa famille aussi, fut le clou de la cérémonie.


Julien Poulin, dépouillé à l’écran des défroques d’Elvis Graton, pour avoir joué avec une intériorité puissante le père dépressif dans Camion de Rafaël Ouellet, a reçu le Jutra du meilleur acteur. Il a damé le pion à Ali Amar, si impressionnant dans son incarnation d’un jeune exclu et handicapé à travers Roméo Onze d’Ivan Grbovic. Ce dernier film, souvent en nomination, n’a rien récolté, mais le cinéaste et l’acteur s’imposent comme des valeurs montantes.


Camion fut primé aussi pour la meilleure musique originale.


La grande interprète française Nathalie Baye (qui jouait la mère du transsexuel Laurence) était présente dans la salle Pierre-Mercure du Centre Péladeau, siège du gala retransmis à Radio-Canada, mais la statuette de la meilleure actrice de soutien est allée à Sabrina Ouazani, la Palestinienne brimée et révoltée dans Inch’Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette.


C’est Anne Pritchard, derrière les décors et l’esthétique de Laurence Anyways, qui a gagné le trophée de la meilleure direction artistique. Sinon, l’imposant vitrail baroque de Xavier Dolan avec dix nominations n’a reçu que deux autres Jutra : meilleurs maquillages et meilleures coiffures. Il n’était pas (injustement) en lice pour le prix des meilleurs costumes, que Carmen Alie derrière Ésimésac de Luc Picard sur un scénario de Fred Pellerin, a remporté.


Des films comme L’affaire Dumont, Mars et Avril, Le torrent et Tout ce que tu possèdes sont revenus Gros-Jean comme devant.


C’est sans surprise que le bouleversant Over my Dead Body de Brigitte Poupart, sur le parcours et la maladie du chorégraphe Dave Saint-Pierre, a remporté le Jutra du meilleur long métrage documentaire.


Côté courts, Bydlo de Patrick Bouchard, film apocalyptique sur une musique de Moussorgski, déjà primé à Clermont-Ferrand, a remporté le Jutra du meilleur film d’animation, alors que Là où je suis de Myriam Magassouba, une histoire de deuil dans l’hiver abitibien, repart avec le laurier du meilleur court ou moyen métrage de fiction.


Le lumineux Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, en nomination aux Oscar l’an dernier, et célébré un peu partout, a été classé film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec, et le cinéaste a remercié Xavier Dolan pour avoir ouvert les portes ces dernières années, 40 ans après les Gilles Carle, Denys Arcand, Claude Jutra, Jean Pierre Lefebvre. Omertà de Luc Dionne remportait de son côté le Billet d’or du film ayant engrangé le plus de recettes au guichet. À Infoman, il avait reçu le prix Aurore du pire film québécois.