De Regard et de points de vue

La classe de maître de Denis Côté a notamment attiré les jeunes cinéastes venus y puiser des idées de liberté.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La classe de maître de Denis Côté a notamment attiré les jeunes cinéastes venus y puiser des idées de liberté.

Vendredi, la table ronde « Plateau fermé/Closed set », avec le cinéaste Guy Édoin, l’actrice Isabelle Blais, l’acteur Patrick Hivon, la réalisatrice Sophie Dupuis (dont le troublant court métrage Faillir était présenté), et le directeur photo Steve Asselin a fait l’unanimité. La rencontre a permis de démystifier non seulement la fabrication de scènes d’amour, crues ou tendres, mais aussi d’intimité ou d’émotions très intenses commandant du doigté de la part du metteur en scène, et de l’abandon de celle des comédiens. L’équipe quitte alors le plateau où ne restent qu’une poignée d’artisans directement impliqués dans la scène.


« Au bout du compte, ça se résume à une question de confiance vis-à-vis du cinéaste, a confié Isabelle Blais après la table ronde. Je parlais d’abandon, mais en même temps, on ne peut jamais complètement oublier la caméra braquée sur soi ni les gens qui sont présents. Ça reste un exercice particulier.» « Il faut que le courant passe avec le ou la partenaire, sinon, ça peut être pénible, a renchéri Patrick Hivon, qui avoue aussi être très pudique. Pour un gars, il y a toujours la crainte d’avoir l’air d’en profiter, d’où l’importance de discuter avant et de bien chorégraphier la scène. Une fois que tu as les gestes en tête, tu peux te concentrer sur le jeu. »


« On entretient un drôle de paradoxe par rapport à la nudité à l’écran, a de son côté signalé Guy Édoin. Un peu de seins et de fesses pour titiller, ça va, pas de problème, mais dès qu’il s’agit d’une scène de nudité avec du contenu, un enjeu, là, ça devient confrontant. Je rencontre des distributeurs pour un film que j’essaie de monter, et ils accrochent tous sur la question du sexe. […] On dirait qu’on se réfugie derrière cette pseudo-crise du cinéma québécois inventée de toutes pièces pour assainir le contenu », a ajouté l’auteur qui peine à trouver un distributeur pour son prochain projet alors que son premier long métrage, le remarquable Marécages, a été sélectionné dans une pléthore de festivals internationaux, dont la Mostra de Venise, excusez du peu.


Le regard de Denis Côté


Le lendemain, les festivaliers ont retrouvé la même candeur dans le propos avec Denis Côté, qui a commencé son atelier de maître en précisant longuement, et avec un humour conquérant, n’avoir rien à enseigner et honnir l’appellation« maître ». La salle pleine à craquer n’en a pas moins bu ses paroles, une assistance au demeurant fort jeune témoignant de ce que Denis Côté représente une figure inspirante pour les apprentis et les néophytes de la mise en scène.


« J’ai jaugé la salle et j’ai vu que c’était surtout des étudiants. Ça me paraissait important de leur parler de choses concrètes, du genre comment se débrouiller avec un budget de 10 000 $ ; comment louer un camion et partir en tournage avec rien qu’un acteur. » De fait, le public s’est montré particulièrement intéressé par la mise en chantier du premier long métrage de Denis Côté, Les états nordiques, qu’il a produit ainsi.


Le cinéma coule dans les veines du cinéaste, c’est patent. Il rappelle la pertinence d’une idée de Godard au sujet de la nécessité de réécrire un film durant le tournage puis au montage ; il parle de Bresson et de Kubrick et ses yeux brillent, les mots se bousculent. « Quand je me lève le matin, j’ai une seule préoccupation : confronter des images, du son, du montage pis de la matière cinématographique. C’est pas super vendeur. C’est pour ça que le prix de l’Innovation à Berlin pour Vic et Flo ont vu un ours m’a tellement ému. Je l’ai reçu comme un encouragement à demeurer moi-même. »


Denis Côté n’est pas du tout dans la revendication. La liberté de créer comme il l’entend, il se la donne sans attendre qu’on la lui accorde. Pour les jeunes venus l’écouter, cette attitude, seule, a dû valoir plus que n’importe quel conseil.



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