Regard sur le court métrage - Sur les neiges de Saguenay, la chaleur du festival

Le volet Dehors les courts présente deux programmes gratuits en plein air, couverture comprise !
Photo: Regard sur le court métrage Le volet Dehors les courts présente deux programmes gratuits en plein air, couverture comprise !

Saguenay — L’hiver n’est pas fini au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Du haut des airs, on voit le royaume recouvert d’une fine étoffe blanche. Un peu plus tard sur le tarmac, de petits flocons mouillés s’affaissent en touchant le sol. La 17e édition de Regard sur le court métrage au Saguenay se déroule par temps froid. L’accueil que réserve l’équipe à ses invités, cela dit, est aux antipodes de la météo. Du côté de la programmation, la température frôle l’embrasement, voire l’explosif, alors que les thèmes de la contestation et de la révolte font grimper le mercure. C’est particulièrement vrai dans la section des Programmes spéciaux.

Cette année, par exemple, les Coups de coeur du volet Panorama proviennent des pays arabes, dont la tempête printanière semble toujours couver. Au menu : six courts-métrages venus d’Israël, du Maroc, d’Égypte, de Turquie et d’Afghanistan. Fait intéressant : quatre d’entre eux mettent en scène des enfants : Batman at the Checkpoint, de Rafael Balulu, The Curse, de Fyzal Boulifa, Tasnim, d’Elite Zexer, et Buzkashi boys, de Sam French.


Autre lieu, autre printemps, érable, celui-là. Le segment Focus consacré au « nouveau cinéma guérilla » aligne environ une douzaine de courts dont Printemps érable - Manifeste vidéo, Michaël Fortin. Blocus 138, de Rhéal Junior Leblanc, une production du Wapikoni mobile, constitue un autre incontournable. Points de suspension poétiques, Tout va mieux, de Robin Aubert, relate l’après-tourmente avec les mots d’une enfant.

 

Histoire de solidarité


Le culturel et le politique se côtoient aussi dans la rubrique Arrêt sur image consacrée au cinéma portugais, dont la situation n’a jamais été aussi précaire. Le Portugal produit en moyenne dix films par année, y compris ceux du vénérable Manoël de Oliveira, 104 ans. À la suite des mesures d’austérité imposées dans la foulée de la crise financière européenne, le budget de la Direction générale des arts, qui finance l’Institut du cinéma et de l’audiovisuel, a été amputé de 35 % en 2011. Du coup, la production de longs-métrages a été suspendue et les cinéastes se tournent vers le court.


Par solidarité, Regard sur le court métrage au Saguenay a offert sa Carte blanche annuelle au festival portugais IndiLisboa, qui a réuni quatre courts de la nouvelle génération d’auteurs. « Un programme où tous les films sont un peu fous, mais la cinématographie portugaise est sauvage, chargée de tempérament et d’idées nouvelles », précise-t-on. Délicieusement impie, Carne, de Carlos Conceição, est en cela très représentatif alors que le cinéaste relate avec un style fiévreux les rêveries charnelles d’une jeune nonne.

 

Histoire d’hiver


Froid, pas froid, Regard sur le court métrage au Saguenay concocte toujours une sélection de courts-métrages destinés à des projections en plein air sur un écran géant dressé au coeur de l’ancienne ville de Chicoutimi (la ville fusionnée de Saguenay semble être une abstraction, ici), fief du festival.


Intitulée Dehors les courts, cette section familiale propose deux programmes gratuits : Short sweet, composé de films brefs et rassembleurs (dont l’excellent Chef de meute, de Chloé Robichaud), et Fausse identité, constitué d’une poignée de faux documentaires, ou documenteurs. Frileux ? Le festival fournit les couvertures ! C’est aussi ça, la chaleur locale.