Cinéma - Une finesse de funambule

William Hurt tient avec une profondeur de douleur contenue le rôle de Jacques, un homme toujours amoureux de Mado, son ex-épouse, dont il s’est séparé après la mort accidentelle de leur fils.
Photo: Axia Films William Hurt tient avec une profondeur de douleur contenue le rôle de Jacques, un homme toujours amoureux de Mado, son ex-épouse, dont il s’est séparé après la mort accidentelle de leur fils.

Sandrine Bonnaire, qui a fait ses premiers pas au cinéma sous la direction de Maurice Pialat à travers le mythique À nos amours, avait déjà ajouté une autre plume à son chapeau en signant en 2008 le documentaire-choc Elle s’appelle Sabine sur sa soeur autiste. Son premier long-métrage de fiction aborde également des rives intimes, traitées en délicatesse, collées cette fois au passé de sa propre mère, qu’un ancien amant poursuivait. Sur ombres et lumières, avec des jeux de caméras attentifs, des émotions filtrées, Sandrine Bonnaire se révèle avant tout une bonne scénariste et une excellente directrice d’acteurs.


William Hurt, son ancien mari, y tient avec une profondeur de douleur contenue le rôle de Jacques, un homme toujours amoureux de Mado, son ex-épouse, dont il s’est séparé après la mort accidentelle de leur fils. Revenu des États-Unis pour les funérailles de son père, il revoit dix ans plus tard à Paris cette femme (Alexandra Lamy, très juste, actrice qui s’épanouit enfin dans la maturité), l’épie, la retrouve parfois. Remariée, Mado a un fils, Paul (Jalil Mehenni), qui devient l’obsession de Jacques. Et cet homme, avec la complicité du garçon, s’enferme bientôt, un repli filmé ici sans aucun pathos, noyau central du film construit en spirale autour de cette position foetale, affectant tous les autres personnages. Dont bien sûr le mari de Mado, au rôle ingrat de cinquième roue du carrosse bien composé par Augustin Legrand.


Car Sandrine Bonnaire, avec des demi-tons, des silences, beaucoup de pudeur, des souffrances palpables, tisse ici une toile fine dans laquelle ses personnages s’engluent. C’est l’univers des traumatismes qui est exposé, car ce revenant inconsolé se sent responsable de la mort de leur enfant. Les rapports de paternité fictive de Jacques avec Paul, tissés de virilité confiante, de secret partagé, d’un vide à combler, sont abordés avec beaucoup de doigté.


Sans posséder la force de frappe de son documentaire, ce premier long-métrage témoigne d’un vrai regard de cinéaste et l’influence de Pialat rejaillit sur l’intelligence de ces portraits d’êtres en crise qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre, gardés longtemps en ballottage avec une finesse de funambule.

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