American Gothic

Matthew Goode, Nicole Kidman et Mia Wasikowska
Photo: Fox Searchlight Matthew Goode, Nicole Kidman et Mia Wasikowska

À cause du titre, on pense à tort à l’auteur de Dracula. À cause du réalisateur, on s’imagine à tort un film de genre. D’un peu plus près, l’image ultra-stylisée nous propulse vers le Hitchcock de Rebecca, mais l’intrigue en sourdine nous redirige vers le Chabrol du Boucher. Stoker, film-jeu en trompe l’oeil du Sud-Coréen Park Chan-wook (Lady Vengeance, Oldboy), pousse le spectateur dans une direction et le tire dans une autre. Malgré son maniérisme formel et les limites visibles de son récit, ce thriller psychologique mâtiné d’horreur (à moins que ça ne soit l’inverse ?) accomplit avec grâce son mandat d’envoûtement.


Deux mystères convergent pour provoquer l’implosion érotique au coeur du film. India (Mia Wasikowska), héroïne brontësque de dix-huit ans, en deuil de son père mort dans un grave accident, est-elle aussi innocente qu’elle en a l’air ? Son suave et séduisant oncle Charlie (Matthew Goode), dont elle ignorait l’existence jusque-là et qui vient de s’installer chez elle pour soutenir la veuve (Nicole Kidman), est-il aussi diabolique qu’elle et la bonne (Phyllis Somerville) le soupçonnent ? L’intrigue plutôt minimaliste passe du triangle amoureux, avec comme élément intrusif la mère alcoolique, à un pas de deux tendu entre la nièce et son oncle, où les mouvements suivent les ondes de choc provoquées par divers épisodes insolites et disparitions impromptues - dont celle d’une tante indiscrète jouée par l’épatante Jacki Weaver.


Si Stoker inaugure pour Park Chan-wook un exil américain qui inspire une certaine méfiance, reconnaissons-lui le mérite de n’avoir renoncé en rien à ce qui, jusqu’ici, a rendu son cinéma si singulier : la déviance, la vengeance, l’enfermement, l’image glacée, le montage au scalpel, le climat tendu, puis la violence et l’érotisme qui, ici comme dans son précédent Thirst, d’après Zola, s’emmêlent pour ne former qu’un seul et même désir. Nous sommes résolument chez lui, mais dans le décor d’American Gothic et sous une lumière produisant d’autres effets. Que ce soit dans la pupille vert scintillant de Matthew Goode, la cascade rousse de Nicole Kidman, la peau diaphane de Mia Wasikowska, bref, dans tous ces territoires inédits pour le cinéaste et qui, devant la lentille de son fidèle directeur photo Chung-hoon Chung, prennent valeur de lieux interdits, sexuellement très chargés. Encore, encore…


 

Collaborateur

À voir en vidéo