Le bien et le mal en triptyque

De gauche à droite, la cinéaste Catherine Corsini et les acteurs du film Trois mondes, Clotilde Hesme, Raphaël Personnaz et Arta Dobroshi, à Cannes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Anne-Christine Poujoulat De gauche à droite, la cinéaste Catherine Corsini et les acteurs du film Trois mondes, Clotilde Hesme, Raphaël Personnaz et Arta Dobroshi, à Cannes.

Paris — La Française Catherine Corsini nous a donné des films parfois puissants et complexes, comme La nouvelle Ève et Partir. Elle n’aime pas emprunter les mêmes ornières, cherchait cette fois à développer une dynamique d’action en utilisant ce levier pour soulever la poussière des idées reçues. Trois mondes, donnant la vedette à Raphaël Personnaz, Clotilde Hesme et Arta Dobroshi, apparaît, dans nos sociétés privées d’une éthique commune, comme une variation en triptyque sur la notion variable du bien et du mal.


« Trois univers confrontés à leur propre morale, à leur propre vision du monde se rencontrent en sortant de leurs frontières… », résume-t-elle. Dans La règle du jeu, Jean Renoir disait : « Tout le monde a ses raisons. »


Les personnages sont trentenaires, mais étrangers les uns aux autres par leurs trajectoires. Dans Partir aussi, Catherine Corsini avait mis en scène des personnes de milieux différents et posé ces questions : est-ce que l’argent achète tout ? quel prix, au fait, a un être humain ?


Le film démarre sur un accident d’auto et un délit de fuite avec mort d’homme. Al (Raphaël Personnaz), parvenu de banlieue, a gravi les échelons grâce à son travail, sa belle gueule, son entregent, et se prépare à épouser la fille de son patron en prenant les rênes de l’entreprise. Mais soudain, au volant, boum !


« J’avais envie de me tourner vers le film noir, un genre traditionnellement masculin, dit-elle, mais à la manière Hitchcock, Melville ou James Gray, qui y greffent des considérations morales. »


Dans Trois mondes, Juliette, femme cultivée et subtile (Clotilde Hesme, remarquée dans Angèle et Tony), a vu l’accident et soutient Véra (Arta Dobroshi), la femme immigrée moldave du blessé, tout en retrouvant Al et en développant un lien avec lui. Trois visions du monde, mais aussi trois classes sociales, trois cultures avec leurs codes propres s’affrontent. « Juliette est une privilégiée avec une conscience qui est aussi une bonne conscience, une ouverture au monde intellectuel. Voici qu’elle entre soudain en des zones ambiguës. Un compagnon lui dira qu’il est égocentrique de vouloir le bien… »


La cinéaste désirait rester collée à Al en montrant cet homme avec un truc sur la conscience. « Un petit gars qui ne s’est jamais posé de questions, qui est ce qu’on lui a dit d’être et qui tout à coup découvre ce qu’est le courage et la lâcheté aux yeux d’une autre personne : Juliette, qui le fascine. Les rebondissements émotionnels font évoluer le film. »


Cathrine Corsini, qui tournait pour la première fois en scope, a laissé les décors influencer le choix de ses plans, travaillant aussi beaucoup, avec sa directrice photo Claire Mathon, les effets de lumière, multipliant les points de vue des protagonistes, découpant son film pour garder un effet de tension.


La cinéaste précise avoir été elle-même victime d’un accident avec chauffeur en délit de fuite qui ne fut jamais retrouvé, la laissant avec des blessures graves. « Ce réflexe de partir est humain, mais le chauffeur peut-il oublier ? Est-ce que sa fuite fait de lui un monstre ? Dans mon film, les copains d’Al lui disent de fermer sa gueule, avec ce côté cynique du chacun pour soi. Trois mondes parle de nous tous, finalement. »


 

Notre journaliste a séjourné à Paris à l’invitation des Rendez-vous d’Unifrance.

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