La vie secrète d’un héros

Camoufler les dessous honteux de l’histoire ne les fait pas disparaître. Le cinéaste franco-polonais Rafael Lewandowski propose une excellente démonstration dans La dette, un portrait père-fils mais aussi une radiographie sociale d’une Pologne pas totalement débarrassée des démons (communistes) de son passé.


Fort de son métier de documentariste et en porte-à-faux entre deux cultures, Lewandowski évite toute forme de simplisme et de manichéisme en décrivant les tourments de Pawel (solide Borys Szyc), un jeune homme dans la vingtaine, face à celui que tous considéraient comme un héros. Après tout, son père, Zygmunt (Marian Dziedziel, tout en nuances et en retenue), avait affronté les miliciens pendant les grandes grèves qui ont marqué la Pologne des années 1980, alors qu’il était un des principaux leaders du syndicat Solidarnosc. Trente ans plus tard, cette version des faits ne tient plus, du moins pour ceux qui, dans les journaux, le considèrent comme un traître à la solde des communistes.


Cette révélation ressemble d’abord à de vulgaires calomnies, mais tel un poison aux effets insidieux, il s’infiltre entre les deux hommes, tout comme dans leur entourage, dont certains encore marqués par la violence de cette époque pas si lointaine. Et si tout cela avait un fondement de vérité ? Dans un style assez sobre et une lumière le plus souvent blafarde, celle d’un hiver polonais sans fin, le cinéaste décrit la prise de conscience subtile et progressive d’un enfant de cette démocratie vieille d’à peine 20 ans, et qui prend la mesure du prix qu’il a fallu payer pour survivre avant sa mise au monde.


La dette ne ressemble pas tant à une leçon d’histoire qu’à un rappel éloquent de son importance fondamentale pour décoder le présent, celui-ci traversé de personnages inquiétants comme cet ancien officier aux allures de Nosferatu, bête noire des militants syndicaux de l’époque. Rafael Lewandowski semble d’ailleurs convaincu que, dans l’ombre de chaque héros, il y a un beau salaud prêt à précipiter sa chute. Voilà un trait qui n’a rien de typiquement polonais.


 

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