Une mystique de mélomane

Les sonorités flottantes des ondes Martenot rejoignent celles de la voix humaine ainsi que les hululements des spectres en détresse.
Photo: Caroline Martel Les sonorités flottantes des ondes Martenot rejoignent celles de la voix humaine ainsi que les hululements des spectres en détresse.

Ce très beau documentaire, qui marie habilement les photos et les films d’archives aux entrevues et aux concerts, constitue une plongée dans l’univers des ondes Martenot, instrument mystérieux pour bien des profanes. Caroline Martel, à qui on doit l’excellent documentaire en montage d’archives Le fantôme de l’impératrice, a passé cinq années à la recherche et à la réalisation du Chant des ondes. L’inventeur des ondes, Maurice Martenot, musicien et télégraphiste durant la Première Guerre mondiale, imagina, à partir des sons produits par les lampes triodes de son appareil, un instrument capable de transformer ces particules électriques en musique.


Ceux qui ont entendu les ondes Martenot savent que ses sonorités flottantes rejoignent celles de la voix humaine ainsi que les hululements des spectres en détresse. En fait, le registre des ondes est immense, sa sensibilité en vibrato, unique. La trame sonore du documentaire en témoigne, ainsi que les ondistes qui se produisent à l’écran.


On retrouve la première triomphale de Maurice Martenot à l’opéra Garnier de Paris en 1928, la trajectoire de l’instrument, du rayonnement jusqu’à sa relative obscurité après l’avènement des synthétiseurs. Les films qui ont incorporé des ondes dans leurs trames, ceux d’Abel Gance, de Fritz Lang, etc., s’invitent à l’écran.


La documentariste réalise aussi une sorte de thriller. Entre ceux qui veulent faire renaître l’instrument, dont le fils de l’inventeur, Jean-Louis Martenot, se joue une émulation passionnée. Les archives précieuses qui portent la mémoire des ondes se dépoussièrent devant nous. Le documentaire se transforme en quête d’une vie nouvelle pour ces ondes-là. Quête aussi de l’âme d’un instrument, fruit d’une alchimie électrique, avec la poudre de son petit sac composée d’éléments au dosage mystérieux, qui créent une polarisation. Quasi-secte initiatique, que celle des ondistes ? Caroline Martel joue avec cette dimension parallèle, conférant au film une mystique mélomane.


Ce long-métrage qui nous balade chez des luthiers, des compositeurs, des musiciens, des scientifiques nous parle avant tout d’amour fou pour un instrument rare, difficile à reconstituer. Et de Paris à Montréal, les deux capitales attitrées de l’instrument, des voix, entre autres celles des ondistes Suzanne Binet-Audet, Marie Bernard et Jean Laurendeau, s’élèvent pour célébrer les ondes Martenot, en donnant envie au spectateur de mieux découvrir ses secrets.