Comment diffuser le cinéma d’auteur en région?

Un différend oppose l’Association des propriétaires de cinémas et cinéparcs du Québec (APCCQ) et le Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec (RDIFQ). Ce dernier a présenté le mois dernier à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) un plan pour aider les petits distributeurs à mieux diffuser, entre autres, leurs films en région. Ses membres réclamaient un appui financier, arguant notamment que la conversion des salles au numérique rend onéreuse la diffusion de leurs films d’auteur en région, où la masse critique des spectateurs est trop faible pour rentabiliser le coût des copies, en hausse depuis le virage au numérique.

L’APCCQ répliquait cette semaine par voie de communiqué, rappelant à quel point l’État fédéral n’a rien fait pour aider les exploitants de salles à s’équiper en numérique et à quel point aussi l’appui du Québec fut mince. « En bout de ligne, les propriétaires de salles ont été laissés à eux-mêmes et ont investi près de 80 millions de dollars pour assurer la conversion numérique de leurs salles. »


Le texte précise que la conversion numérique des salles a été voulue et demandée par les distributeurs et non par les exploitants. L’Association ajoute que les économies sont effectuées par les distributeurs, côté frais de copies, transport et entreposage, alors que les exploitants de salles doivent débourser des sommes énormes dans ce virage. D’où la présence d’un intermédiaire, dit intégrateur, chargé de récolter des frais de copie virtuelle (virtual print fees), des mains des distributeurs. Mais l’Association des propriétaires de cinémas du Québec entend dénoncer des propos voulant que l’intégrateur ait pris le contrôle de la programmation des salles et y mène le bal. « Nous croyons qu’il est temps d’arrêter de véhiculer toutes sortes d’interprétations tendancieuses et mensongères et de regarder plutôt vers l’avenir afin d’offrir une programmation diversifiée dans un cadre agréable au public québécois », estiment les porte-parole de l’Association.


Louis Dussault, à la tête du Regroupement des distributeurs indépendants du Québec, rétorque que le RDIFQ fut le premier à suggérer la création d’un intégrateur national, mais en modulant le coût demandé aux distributeurs selon les régions. « Que vous présentiez votre film à Lac-Mégantic ou à Montréal, le prix d’accès à la salle de cinéma [FCV] est le même, alors que la masse critique du public est complètement différente.»


Il précise que les distributeurs qui ont obligé les salles de cinéma à passer au numérique sont des distributeurs américains et non québécois.


Encore que ce virage devenait indispensable de toute façon…


« Le système mis en place et exigé des majors américaines ne profite qu’aux films américains et à un certain nombre de films commerciaux québécois et français, ajoute Louis Dussault […] Notre plan d’aide est très sérieux et extrêmement bien documenté, et il vous inclut dans nos objectifs. Nous voulons être en mesure de vous offrir nos films systématiquement en ayant les moyens de payer vos coûts d’exploitation modifiés par l’entrée du système numérique », conclut le président du RDIFQ.


Bref, le débat est en cours. Reste à voir comment la SODEC gérera ce dossier.

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