De femmes et de films

La sociologue Anna Lupien (premier plan) présentait lundi les résultats de son étude L’avant et l’arrière de l’écran, en compagnie de membres du collectif Réalisatrices équitables.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La sociologue Anna Lupien (premier plan) présentait lundi les résultats de son étude L’avant et l’arrière de l’écran, en compagnie de membres du collectif Réalisatrices équitables.

Il y avait lundi une majorité écrasante de femmes parmi les journalistes venus prendre connaissance des résultats de l’étude d’Anna Lupien, L’avant et l’arrière de l’écran, avec la sociologue Francine Descarries et le collectif Réalisatrices équitables. Comme si les femmes intéressaient surtout les femmes. Avec en sous-titre L’influence du sexe des cinéastes sur la représentation des hommes et des femmes dans le cinéma québécois récent, le document nous démontre, chiffres à l’appui, la choquante évidence : il manque de modèles féminins au grand écran, de premiers rôles tenus par des filles. De plus, la représentation des femmes varie selon celui ou celle qui pose un regard dessus. Disons que les femmes cinéastes ont moins tendance à réclamer aux actrices la petite danse au poteau… « Plus de réalisatrices signifie plus de comédiennes au devant de la scène et moins de stéréotypes à l’écran », estime avec raison la présidente de Réalisatrices équitables, Marquise Lepage.


L’étude ne prétend pas offrir de solutions, plutôt brosser un état des lieux, toujours déprimant.


Au cours d’une période couvrant 2011 pour les réalisateurs, et 2010-2011 pour les réalisatrices, près de 900 rôles ont été recensés au cinéma québécois. Parmi les 40 films sous la loupe, 11 avaient été tournés par des femmes. Les réalisateurs accordaient 72 % des premiers rôles à des hommes, et les réalisatrices 62 % à des femmes. Chaque sexe met davantage sa réalité en scène, mais comme les femmes tournent peu, la carence de grands rôles d’actrices devient flagrante, surtout après le cap des 40 ans.


Par ailleurs, les réalisatrices (11 sur 12) ont signé des films d’auteur et des drames. De leur côté, la moitié des hommes privilégiaient des oeuvres commerciales (aux budgets plus élevés) en explorant divers genres.


Réclamer aux actrices la beauté physique (jeunesse, minceur, traits réguliers, etc.) constitue plutôt un jeu masculin. Chez les cinéastes hommes, 66 % des personnages féminins correspondent à cet idéal, proportion qui tombe à 42 % sous les caméras de femmes. Les actrices sont hautement sexualisées sous des regards masculins (trois fois plus de femmes y posent nues que chez les réalisatrices). Bref, le sexisme a la vie dure. La sociologue Francine Descarries met tout le monde en garde contre le mythe de l’égalité effective entre les sexes. « Rien n’est acquis. » De fait…


La sous-représentation des femmes au cinéma de fiction québécois (elles sont nombreuses au documentaire, aux minces budgets) est un tel sujet récurrent qu’il désole. Étude sur étude en témoignent au fil des ans. Les Réalisatrices équitables ont repêché des données sur la question de 2002 à 2007, les mettant à jour pour la période 2007-2012. La part de tarte du financement accordée aux réalisatrices persiste à stagner autour de 11 % à Téléfilm, de 17,7 % à la SODEC. Il y a bien eu lors de ce dernier recensement une augmentation appréciable à l’ONF et au Conseil des arts du Canada, mais en gros, c’est le statu quo. « On vise à tout le moins une représentation de 40 % pour un sexe, de 60 % pour l’autre », dit la porte-parole de Réalisatrices équitables, Lucette Lupien. Les dames des caméras sont réalistes, ne demandent pas pour l’heure des quotas de parité. Toutes espèrent que la nouvelle génération des filles cinéastes foncera dans l’arène. Mais ça avance à pas de tortue.


Les Réalisatrices équitables ont lancé jeudi dernier une compilation de 20 courts métrages de cinéastes québécoises, pleines de talent. On espère les revoir en masse derrière des longs métrages… Mais beaucoup d’appelées, peu d’élues…

3 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 5 mars 2013 07 h 33

    «Comme si les femmes intéressaient surtout les femmes»

    À moins d'être toutes nues, ou maternelles, ou détestables?

    Pour qui avons-nous une réelle présence, chacune une personnalité?

  • Sinibaldi Francesco - Inscrit 5 mars 2013 11 h 49

    Le désir des rêves.

    Quand le
    souffle du
    soleil revient
    dans l'école
    j'écoute
    l'atmosphère
    d'une âme
    silencieuse...

    Francesco Sinibaldi