Repères brouillés, tabous brisés

L’héroïne, Sophie (Marie-Évelyne Lessard), a un emploi d’été dans un parc d’attraction ambulant.
Photo: K Films Amérique L’héroïne, Sophie (Marie-Évelyne Lessard), a un emploi d’été dans un parc d’attraction ambulant.

Étrange et troublant film que celui-ci, produit avec des moyens restreints (400 000 $) en 13 jours de tournage, empruntant la forme du film dans le film et du faux documentaire dans un trépidant décor de fête foraine. Martin Laroche, derrière La logique du remords et Modernaire, dotés pour leur part de budgets de famine, est un cinéaste qui n’a pas froid aux yeux.


Son film aborde un sujet-choc mais quasi tabou, celui de l’excision, et il le fait en cassant la forme, avec des éléments de thriller, de film social, sur des flous d’oeuvre étudiante.


L’héroïne, Sophie (Marie-Évelyne Lessard, très charismatique), jolie mulâtre, a un emploi d’été dans un parc d’attraction ambulant. À la demande de son patron, elle se lance dans un film en profil d’entreprise (savoureux caméo du patron), sur fond de barbe à papa et de grande roue. Sauf que ses questions aux employés se font de plus en plus indiscrètes, crues ; son langage et ses actes déraillent vers le porno. Tout cela avec une caméra qui bouge, s’affole, en perd des bouts, se reprend.


Mais voilà ! Après nous avoir copieusement irrités, Sophie, grâce à son secret révélé, retourne l’action comme un gant. Et le procédé se révèle habile, puisque le spectateur doit traverser des affres pour mériter d’entrer dans le vif du sujet.


Beau personnage que celui de Sophie, une vraie battante qui décide de tout, prend son sort en main, impose ses volontés à celui qu’elle convoite, Fred (Marc-André Brunet, d’abord bravache, puis confus et aimant). Formidable, la figure de sagesse de Normand (Normand Daoust, merveilleux de douleur surmontée), que la vie a malmené et qui aide la jeune fille. Une scène intime entre eux se fait catharsis, dont le caractère sexuel n’est qu’accessoire.


Les manèges humains, par-delà des longueurs, des apartés parfois redondants, des personnages secondaires moins solides que les trois protagonistes, parvient à créer un climat insolite puis déconcertant. Martin Laroche manipule le spectateur jusqu’à lui faire perdre ses repères avec une aisance diabolique dont on salue l’habileté.

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