Un petit monde de tendresse

Le charme un peu désuet des aquarelles aux teintes délavées de Gabrielle Vincent est transposé à l’écran avec une rare délicatesse
Photo: Métropole Films Le charme un peu désuet des aquarelles aux teintes délavées de Gabrielle Vincent est transposé à l’écran avec une rare délicatesse

Couronné meilleur film d’animation aux César, montrant une fois de plus la force de l’animation française en 2D, Ernest et Célestine semble vivre de poésie. Ses trois réalisateurs, Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier, ont entrepris de faire revivre le petit monde de Gabrielle Vincent, dont les albums ravissaient les enfants des décennies 80 et 90. Si le romancier Daniel Pennac a emprunté ses personnages à l’auteure et illustratrice belge, il a écrit un scénario original vraiment délicieux.


Le charme un peu désuet des aquarelles aux teintes délavées et aux contours flottants de Gabrielle Vincent est transposé à l’écran avec une rare délicatesse. L’amitié de l’ours Ernest et de la souris Célestine, par-delà les préjugés des deux camps, se fait métaphore de tous les ponts possibles. Car en bas, au royaume des souris, les ours sont des ogres et, en haut, les souris sont réputées porteuses de mille tares. Mais deux êtres esseulés, gros ours clochard saltimbanque et souris plus intelligente et curieuse que les autres, briseront le mur des préjugés.


Les voix de Lambert Wilson et de Pauline Brunner font merveille aussi, de même que les décors, surtout dans le monde des souris, mariage entre l’antre souterrain du Metropolis de Fritz Lang et un village troglodyte turc. Ajoutez des gags drôles sur les dents des oursons volées par les souris et de gros rats dentistes qui en font le trafic, et une musique adaptée à ce monde suranné qui enchante. Le film palpite d’humour et de tendresse fine.


Ernest et Célestine séduira autant les enfants que les adultes sensibles à la grâce de l’art de l’animation, qui retourne à ses sources avec envol.

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