Le charme du naturel

Finissant(e)s est un faux et parfois vrai documentaire qui jongle avec les genres, joue au chat et à la souris avec les spectateurs.
Photo: Estfilmindustri Finissant(e)s est un faux et parfois vrai documentaire qui jongle avec les genres, joue au chat et à la souris avec les spectateurs.

Ceux qui ont vu les précédents films de Rafaël Ouellet tournés dans son village natal de Dégelis, surtout ses oeuvres à petits budgets, comme Le cèdre penché, New Denmark et Derrière moi, se retrouveront en pays de connaissance avec Finissant(e)s. Tout est dans le lieu d’abord, avec une jeunesse à la fois séduite par la beauté de la nature ambiante et attirée par les lumières de la ville. La mort rôde, la drogue est là.


Camion, avec des segments tournés à Dégelis, était déjà dans un autre registre, celui du cinéma qui possède les moyens de ses ambitions. Le cèdre penché, New Denmark et Finissant(e)s s’élaborent à partir d’une sorte de canevas.


Il y a ce charme du naturel. Finissant(e)s, lancé cette semaine aux Rendez-vous du cinéma québécois, désormais en salle, est un faux et parfois vrai documentaire qui jongle avec les genres, joue au chat et à la souris avec les spectateurs. On avait vu ces adolescents dans New Denmark.


À Dégelis, en 2009, de jeunes finissants de la polyvalente locale se préparent à prendre leur envol, et leur bal nous les montre endimanchés, pas très à l’aise. Le cégep, c’est pour bientôt, dans le Bas-du-Fleuve ou à Québec, Montréal, Trois-Rivières. Avec les logements ou colocs à trouver, des choix à faire. Un avant-goût de la vie adulte…


Rafaël Ouellet vous dira avoir suivi ces jeunes durant l’été 2009. Carla Turcotte avait joué dans New Denmark. Elle a l’assurance d’une actrice. Tous les autres sont de vrais finissants. Que font les jeunes à Dégelis ? De la vitesse au volant, souvent…


« Mon film est à 80 % documentaire », dit le cinéaste. La fiction, c’est la scène où un jeune est dans sa tombe, une scène où une adolescente disparue fait l’objet d’une battue (c’était arrivé le mois précédent). Aussi la fin, radicale. Rafaël Ouellet est peu abonné aux happy ends, sauf dans Camion.


Il y a tout ça, et un feu de camp, et des rêves, et des angoisses par rapport au futur. Un personnage dira devant la beauté du paysage : « C’est beau, mais c’est plate. » Les régions se dépeuplent. En sous-texte, le film nous en renvoie la tragédie.


Rafaël Ouellet s’est retrouvé dans ces jeunes-là. Vingt ans auparavant, il traversait les mêmes affres, vivait des amitiés, des déchirements similaires. Les parents ne sont guère présents dans Finissant(e)s. Les jeunes entre eux préparent leur futur, ou jouent de nostalgie. La caméra est mobile, la musique de Man an Ocean scande l’action et nous hante. Les visages passent par une kyrielle d’émotions.


La figure principale demeure celle de Carla, qui partira à Montréal, belle, intelligente, promise aux lendemains qui chantent. Mais voilà !


Et c’est délicat comme un entremets, entre l’enfance et la liberté, entre Dégelis qui berce et la ville qui effraie. La caméra capte ce monde flottant de l’entre-deux-âges. C’est merveilleux et douloureux. Tout est possible pour eux ? Pas toujours. Pas vraiment.

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