La béatitude de René Rozon

René Rozon
Photo: Marie-Hélène Tremblay - Le Devoir René Rozon

Du 14 au 24 mars, une nuée de documentaires issus des quatre coins du globe déferlera sur Montréal à l’occasion du Festival international du film sur l’art. Hormis le genre, ces oeuvres ont en commun de s’intéresser à une discipline artistique, à un artiste. Ainsi, suivant la réclame « 248 raisons d’embrasser l’art ! », les esthètes pourront faire exactement cela. Initiateur de l’événement, René Rozon préside toujours aux destinées du FIFA. Malgré les ans, 31, son enthousiasme est demeuré inchangé.

Avec une programmation qui compte près de 250 titres, il serait futile de chercher à dégager un thème fédérateur, voire un fil conducteur. « Notre mandat consiste à présenter un panorama représentatif de la production annuelle de films sur l’art, rappelle René Rozon. Et tous les arts doivent être représentés. Évidemment, à l’intérieur de ce cadre, des préférences peuvent s’exprimer. » Avec en guise de film d’ouverture The Fatwa : Salman’s Story, une production de la BBC relatant la manière dont l’auteur des Versets sataniques vécut sa condamnation à mort par l’ayatollah Khomeiny, on peut présumer que la politique s’invitera à la fête.


Danse, littérature, théâtre, art de la rue, peinture, musique, métier d’art, photographie, cinéma, architecture, opéra, bande dessinée, mode : oui, toutes les formes d’art se succéderont sur les grands écrans de la Cinémathèque québécoise, de la 5e salle de la Place des Arts, de la salle Beverley Webster Rolph du MACM, et du Centre PHI de Montréal. En périphérie, une foule d’activités viendront agir comme un trait d’union entre le public et les films. « À l’origine, on a créé les “ Événements spéciaux ” afin de permettre aux gens de rencontrer des cinéastes, ou encore des spécialistes du sujet sur lequel porte le documentaire présenté. Ça fonctionne très bien. »


Thema, thématiques


Les nouveaux volets « Thema » s’inscrivent dans cette optique. Cette année, le FIFA en propose deux : le premier consacré à la mode, et le second, à la musique classique. « Un des segments de la série Fashion !, le documentaire Go Global, s’interroge sur les conséquences de la proximité entre les créateurs et les gestionnaires de la mode. La projection sera suivie par une table ronde à laquelle participera le designer Denis Gagnon. Du côté de la musique, on a voulu saluer la maison Accentus, qui a produit de nombreuses captations des plus grands orchestres. » Yannick Nézet-Séguin est au nombre des chefs que l’on pourra voir à l’oeuvre.


Du cinéma sur le cinéma


René Rozon a souvent fait état de son amour pour le cinéma, et cette année, on constate la bonification d’une offre d’ores et déjà copieuse. « Il faut voir De Hollywood à Nuremberg : John Ford, Samuel Fuller, George Stevens, un documentaire formidable qui explique comment ces cinéastes ont représenté la Deuxième Guerre mondiale ». Tout aussi prometteurs : The Witch Hunt Is On, qui revient sur l’infâme chasse aux sorcières « hollywoodiennes » à laquelle se livra le sénateur McCarthy au cours des années 1950, et Sandrine Bonnaire, actrice de sa vie, qui lève le voile sur le destin singulier d’une adolescente un peu paumée qui devint la muse des Pialat, Varda, Chabrol…


La passion selon René Rozon


Cette 31e édition du FIFA suit une cuvée anniversaire. La pression s’en trouve-t-elle accrue ou amoindrie ? « Ni l’un ni l’autre, rigole René Rozon. C’est toujours à recommencer ! Le prestige croît avec la longévité, mais le FIFA est financé aux deux tiers par des commanditaires privés. Or, les dirigeants changent et on doit régulièrement convaincre de la pertinence de l’événement. Jusqu’à ce que la programmation sorte, je vis dans un état de stress et d’anticipation. Cette étape-là est passée. Là, j’entre dans une phase de béatitude ! »

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