85es Oscar : Day-Lewis primé pour Lincoln - Argo, meilleur film, mais Ang Lee crée la surprise

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	Le Britannique Daniel Day-Lewis a reçu dimanche soir l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Lincoln, de Steven Spielberg. C’était la troisième fois qu’il recevait cette récompense, une première à Hollywood.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Kevin Winter/Getty Images
Le Britannique Daniel Day-Lewis a reçu dimanche soir l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Lincoln, de Steven Spielberg. C’était la troisième fois qu’il recevait cette récompense, une première à Hollywood.

On n’aura pas tout prévu. Ça prend des surprises. Il y en eut une de taille, lors du 85e gala des Oscar au Dolby Theatre, à Los Angeles. Soit ! Argo de Ben Affleck fut sacré, comme pressenti, meilleur film de l’année, sans l’être vraiment. Bien fait, parfois drôle ou trépidant, consensuel et patriotique surtout. À lui, le gros prix, plus la statuette du meilleur montage et du meilleur scénario adapté. Sur vidéo, en direct de la Maison-Blanche, Michelle Obama, introduite par Jack Nicholson, a parlé des joies du cinéma américain avant que cet Oscar ne soit octroyé. C’était vraiment une soirée pour la bannière étoilée.

Stupeur ! Ang Lee, pour Life of Pi, d’après le roman du Québécois Yann Martel, a remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, son deuxième après Brokeback Mountain en 2006. Cette fois, il rafle la statuette au nez de Steven Spielberg derrière Lincoln. Grâce à sa brillante utilisation du 3D sur les flots déchaînés, Life of Pi a gagné aussi de très mérités prix techniques : meilleure caméra, meilleurs effets visuels et meilleure musique pour le Canadien Mychael Danna.


Sinon, le grappillage prévu a été au programme de cette remise de prix, frustrante pour bien du monde.


Lincoln, avec ses douze nominations, aura valu à Daniel Day-Lewis, ravi, rendant grâce à l’esprit du 16e président américain, son troisième Oscar du meilleur acteur après My Left Foot et There Will Be Blood ; une première dans l’histoire de l’Académie. Le film a reçu aussi la statuette de la meilleure direction artistique. Décevante récolte quand même pour Steven Spielberg, qui s’était rêvé au sommet.


Rien pour le sensationnel Beasts of the Southern Wild de Benh Zetlin - mais le cinéaste de ce premier long métrage hautement remarqué est désormais sur la carte. Une grenaille pour le brûlant Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, qui eut le malheur d’évoquer la torture : ex aequo avec Skyfall de Sam Mendes, elle récolte le laurier du meilleur montage sonore. Dur revers !


Plus réjouissant : l’Allemand Christoph Waltz, pour sa prestation stupéfiante du Dr. Schultz dans Django Unchained, a remporté, comme pour le précédent film de Tarantino Inglourious Basterds, l’Oscar du meilleur acteur de soutien, à la barbe de précieux concurrents déjà oscarisés également. Le quinquagénaire est devenu en deux films, par son seul et immense talent, une grande étoile d’Hollywood. Bravo ! Et Quentin Tarantino repart avec le prix du meilleur scénario original pour ce Django, délirant western sur fond d’esclavage.


La statuette convoitée de la meilleure actrice, offerte par Jean Dujardin, à qui ses cours d’anglais ont profité, fut remise à Jennifer Lawrence, en veuve un peu cinglée dans Silver Linings Playbook, comédie assez surfaite de David O. Russell.


Les Québécois


Après suspense ou non, les oeuvres québécoises n’ont pas été couronnées. L’excellent Rebelle de Kim Nguyen tourné au Congo dut s’incliner au profit d’Amour de l’Autrichien Michael Haneke, palmé d’or à Cannes, sacré aux César et un peu partout, grand favori dans la course au meilleur film en langue étrangère pour son remarquable pas de deux octogénaire (mais en nomination dans cinq catégories, Amour dut se contenter de ce laurier). L’émouvant Henry de Yan England, cité au meilleur court métrage avec acteurs, fut coiffé au poteau par Curfew de Shawn Christensen. Il est déjà formidable pour le Québec d’être si souvent représenté au gala américain. Cliché peut-être de le répéter, mais ça reste évident.


L’animateur de la soirée, l’humoriste Seth MacFarlane, fut moins cinglant que prévu. On l’aura vu hésiter entre plusieurs tons : graveleux, classique, railleur (une petite craque à Jean Dujardin, l’acteur lauréat français de l’an dernier. Facile !). Sous le regard du voyageur du futur, MacFarlane fut d’entrée de jeu proclamé le pire animateur des Oscar, afin d’être à l’avance dédouané, puisque se riant de l’affaire. Ça va, on a compris… Il fut seulement assez banal. La soirée était un musical, dansant et chantant, plutôt rétro comme bien des films et comme les robes des femmes. Adèle a entonné la chanson thème de Skyfall, le dernier James Bond, qui lui valut d’ailleurs l’Oscar de la meilleure chanson. L’hommage au cinquantenaire des films du célèbre agent secret britannique fut rondement mené. Anne Hathaway, lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice de soutien pour son rôle de Fantine, rejointe par une armada de chanteurs, a entonné One Day More, tiré des Misérables. Victor Hugo devait rire outre-tombe. Au reste, bien des mamans se sont fait dire merci par les lauréats émus mais concis. Ben Affleck, Jennifer Lawrence et Adèle ont quand même pleuré.


Outre l’Oscar à Anne Hathaway, le « musical » Les Misérables de Tom Hooper a gagné les statuettes du meilleur mixage sonore et des meilleurs maquillages. C’est par ailleurs l’excellent Searching for Sugarman de Malick Bendjelloul et Simon Chinn, remontant les traces du chanteur Rock Rodriguez, qui récolta l’Oscar du meilleur documentaire.


Anna Karenine de Joe Wright, d’après Tolstoï, pour lequel les magnifiques costumes de Keira Knightley avaient créé la sensation, a remporté… le laurier des meilleurs costumes.


Brave de Mark Andrews et Brenda Chapman, enfanté par Pixar, lequel n’avait pourtant pas créé l’événement avec ces aventures d’une rousse princesse écossaise, repart avec l’Oscar du meilleur film d’animation. à la barbe du Frankenweenie de Tim Burton. Côté courts, la statuette du meilleur animé est allée à John Kahrs pour Paperman et celle du meilleur documentaire à Innocente de Sean Fine et Andrea Nix Fine.


Bref un peu ou rien pour chacun, mais pas de super lauréat. Une soirée décevante.

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3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 25 février 2013 08 h 27

    «Tinseltown»

    «Tineltown» gagne l'Oscar de l'auto-promotion.

  • Zohra Joli - Inscrit 25 février 2013 08 h 59

    Ce n'est plus de l'art

    Cela fait longtemps déjà hélas, que ces Oscars ne sont plus le couronnement de l'art cinématographique. Les américains font des films qui les flattent, déforment l'histoire, et ils se récompensent. En effet, soirée décevante , sous la bannière étoilée et pour la bannière étoilée.

  • Jacques Moreau - Inscrit 25 février 2013 13 h 31

    Autre temps, autre moeurs

    Je crois que les Oscars ont été "créés" pour récompenser, souligner, l'apport d'un talent pas nécessairement payer à la hauteur de sa contribution aux profits. C'était dans le temps ou l'industrie cénématographique était un art de bas niveau, un art "bâtard" si vous voulez. De notre temps, le cinéma est devenue de l'art grandiose et payant, encore plus payant si vous avez été arribué un Oscar. Je suis allé voir Argo et Lincoln; touvez ça intéressant, mais dans mon esprit il y a toujours cette maxime:
    à toute histoire, il y a deux versions .... au moins.